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4
sur 5

Ses souvenirs sont teintés de nostalgie et d’effroi. Son enfance est à la fois sensuelle et brutale. Ses images sont concrètes et en même temps fantasmagoriques. Son histoire est authentique, avec ce que l’authenticité comporte de romanesque et de romancé. Petit garçon, il avait une peur panique de la fiction. Il redoutait également le fatalisme de sa mère qui laissait deviner un monde âpre et dur, encore plus sauvage que celui d’un enfant qui fait ses premières brasses coulées dans l’adolescence. Qui est-il, cet enfant ? Sort-il des romans de Vialatte ? Du pays de Wedekind ou de Rilke ? Son imaginaire est à la fois poétique, confortable, rassurant, et dans le même temps violent, sauvage et déstabilisant. Devenu grand, l’histoire qu’il couche sur le papier est singulière. Elle pourra évoquer chez celui qui la découvre une certaine compassion… et chacun peut se retrouver dans ce qu’il voit, ce qu’il redoute, ce qu’il réprouve.

Yves Bichet ne veut pas être catalogué, il n’écrit pas pour respecter des conventions, mais pour rester fidèle à d’anciennes amours, à de vieilles peurs. Ainsi, la construction des Terres froides répond à une logique propre et ne verse pas dans un classicisme de bon ton. L’auteur sait que son sujet -l’enfance et ses vicissitudes- est très souvent traité et que l’originalité doit venir d’autre part. Il prend des risques et propose un mélange des genres qui apporte à son roman une épaisseur et un intérêt supplémentaires. Tel un long poème en prose, ponctué de légendes et de rimes d’un autre temps, d’un autre monde, il raconte des épisodes de son enfance en laissant planer des incertitudes sur la véracité de chaque fait. Mais qu’importe ! L’enfance est faite de fantômes, de fantasmes et d’exagérations…

Yves Bichet a voulu avant tout ne pas trahir une métamorphose. Celle de l’enfance insouciante et cajolée, puis de l’adolescence faite de ruptures, de bosses et de découvertes. Paysages de collines hantées par des chevaliers errants appelés huit-sans-tombe, expéditions punitives de salamandre à Torchefelon, disparition soudaine du plus doux des amis, le seul qui a su parler aux oiseaux… Les Terres froides sont contrastées, dures et mystérieuses. Elles cachent, dissimulent, enveloppent dans leurs écorces épaisses, jusqu’au jour où survient la faille qui révèle certaines souffrances.