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Allons-y franco : nous en avons lu 111 pages, mais nous ne sommes pas parvenus à aller jusqu’au bout. Est-ce la traduction ? Ou ce recueil de nouvelles est-il tout simplement ennuyeux à mourir ? Plaçons le décor. L’Asie du sud-est : à première vue, nous n’avons rien contre l’Asie du sud-est. Les personnages ? Un journaliste et un photographe : nous n’avons rien contre les journalistes et les photographes. L’action ? Ce journaliste et ce photographe partent putasser en Thaïlande puis ensuite au Cambodge : nous n’avons rien contre les récits de putasserie, nous aimons la littérature de bordel, et comptons parmi nos écrivains favoris Casanova, Jean Lorrain, Gabriel Matzneff et Drieu La Rochelle, qui s’y connaissent en bordel et en putasserie.
Quand un écrivain se lance dans un récit de putasserie, il faut que le propos se mette au service d’une certaine vision du monde. L’univers de la pute est comme tous les autres univers : se contenter de le décrire est inopérant. Il faut le mettre en scène, le faire évoluer, en montrer la dynamique, la part fantasmatique, choisir un angle de vue, qu’il soit clinique ou esthétique. En un mot, il faut qu’il y ait une démarche d’écrivain. Dans Les Nuits du papillon, il n’y a aucune démarche d’écrivain. Aucun prisme transformant le réel en littérature, aucune personnalisation du vécu, aucun rendu de la sensation. Du fait pur et du fait lassant, accompagné parfois d’une métaphore trop artificielle pour être plaisante.

Plongeons dans l’univers de Vollmann, avec pour commencer une description : « c’était ce qu’elle attendait, il n’avait plus qu’à agir. Elle lui effleura le pénis, il lui injecta de la gelée K-Y, enfila le préservatif et il était prêt à la monter quand une expression sur son visage le mit en pleurs, il débanda en elle et bascula sur le lit. la fille n’aimait pas ça, c’était fort clair. Tout de même, c’était leur lune de miel. Alors elle le caressa, pour qu’il essaie encore. Il lui remit de la gelée K-Y, enleva le préservatif et le jeta par terre » (p. 100). Maintenant, un dialogue : « Ça t’ennuie si je la saute pendant que tu te douches ? dit-il. Je ne crois pas que ça lui plairait, dit le journaliste d’une voix neutre. Ça c’est la meilleure, ricana le photographe » (p. 96.). Une métaphore : « rouges comme l’envers de champignons en phase de menstruation » (p.83).

Le ton est donné. Nous ne voyons là rien d’exotique, d’érotique et provocateur -adjectifs alléchants imprimés sur le quatrième de couv’. Ce n’est même pas de mauvais goût; cela est sans goût, ce qui est très différent. Quant à la « conscience fiévreuse de son héros, l’indéchiffrable grouillement d’une région du monde secouée par le chaos »… c’est de la foutaise. Ce livre n’a pas de jus, excepté celui qui s’écoule du pénis blennorragique des personnages de M. Vollmann frappés de gonorrhée autant que de logorrhée. Remerciez-nous. Vous venez d’économiser 50 F.