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3
sur 5

On ignorait tout de cet obscur ouvrier écossais mort en 1969 à l’âge de trente-cinq ans jusqu’à la publication, ces derniers jours, de ce bref et étonnant roman inédit en France : une courte notice biographique nous apprend cependant qu’après avoir quitté l’école à quinze ans, ce fils de mineur rejoint la Royal Force Army pour y effectuer son service militaire. Après une longue hospitalisation dont les circonstances nous restent inconnues, on le retrouvera dans divers emplois non qualifiés dont un dans une brasserie de Glasgow. Autant dire qu’on aborde avec une réelle curiosité ce texte de cent trente pages à peine qui, dit-on, créa la surprise lors de sa publication chez Victor Gollancz Ltd., en 1968 ; et, de fait, ce récit à la première personne est un véritable enchantement. Le narrateur, Bobby, a 31 ans ; un accident survenu dans sa jeunesse l’a laissé définitivement handicapé, prisonnier de l’univers naïf et cruel des garçons de sept ans. Son beau-père, « le Gros », préside aux destinées du prospère grand magasin familial, ne manquant jamais de le rudoyer à l’occasion afin de ne pas lui laisser oublier la tristesse de sa condition et d’obtenir de lui la signature des documents qui le rendraient enfin propriétaire légal de l’entreprise. Fuyant la cage dorée où on le gavait de tranquillisants, Bobby se retrouve sur la route, seul, prêt à toutes les rencontres ; son chemin ne tarde pas à croiser celui de M. Summers, qu’il ne quittera bientôt plus. Homme mystérieux, solitaire, et généreux, M. Summers l’invite à l’accompagner dans son métier : enterrer « tous les petits animaux » morts sur le bord des routes… Il n’y a plus désormais qu’à suivre le parcours des deux hommes, au travers du regard innocent et troublant de Bobby. Entre Howard Buten et J.D. Salinger, cette curiosité romanesque d’une infinie simplicité ne laisse pas d’étonner : pas réellement original mais totalement sincère, « Tous les petits animaux » sort des sentiers battus et, en mêlant compassion, tendresse et humour, forme une oeuvre modeste mais curieusement attachante.