En ligne de mire de la rentrée littéraire, comme chacun sait, il y a les prix. Ca ne viendra qu’en novembre, direz-vous. Erreur, c’est déjà maintenant.

Déjà des prix littéraires ! Eh oui. La saison commence tôt. En même temps, vu la quantité qu’on en décerne en France chaque année, il vaut mieux les étaler le plus possible sur le calendrier. Donc, ça y est, c’est fait : Laurent Binet a officiellement reçu sa première couronne, le prix du roman FNAC, pour sa délicieuse Septième fonction du langage (Grasset). On ne va pas se plaindre, surtout si ça encourage de nouveaux lecteurs à l’ouvrir. Et on lui en souhaite d’autres, tiens, même si on sait qu’il n’aura jamais le prix Décembre, Josyane Savigneau ayant promis de se faire hara-kiri plutôt que de laisser récompenser un roman qui se moque de Philippe Sollers. Non mais !

A part ça, le Goncourt
A part ça, les jurés Goncourt ont, jeudi 3 septembre, dévoilé la liste des 15, à l’intérieur de laquelle ils prélèveront par la suite une liste des 7 ou 8, puis une liste des 3, puis un vainqueur. 15 romanciers ont donc ce weekend le cœur gonflé d’espoir. Las ! L’ordre alphabétique fait que, comme du côté du prix du Monde, on ne peut pas ne pas tomber d’emblée sur Christine Angot, ce qui fout quand même un coup terrible. (Les sélections auraient meilleure allure si elle s’était appelée Christine Zangot). Pour le reste, on trouve à peu près tous les favoris pressentis, ceux dont la presse a déjà beaucoup parlé (Delphine de Vigan, Simon Liberati, Mathias Enard, Hédi Kaddour, Alain Mabanckou, Boualem Sansal). Binet, lui, n’y est pas, non plus que Sorj Chalandon. A noter qu’une rescapée du mois de mai est là, Isabelle Autissier, avec Soudain, seuls. Mystères des listes de prix.

Respirons
Respirons un peu, avec une citation : « Il est rare de lire des pages en ayant la certitude qu’on s’en souviendra dans cinq ans, dans dix ans, tellement elles sont bouleversantes et lumineuses » (Elle, à propos de Christine Angot).

Une autre
Martin Amis déclare au Figaro : « J’ai écrit La Zone d’intérêt dans une sorte de transe ». C’est donc pour ça que c’est si raté ! L’interview commence par une question sur le refus du livre par Gallimard. « J’ai été étonné parce que je pensais avoir construit une relation avec un éditeur, et tout ça disparaît ». Au contraire : preuve de l’excellence de l’éditeur et de la solidité de cette relation, puisqu’il cherche à protéger l’auteur contre ses propres navets.

Et sinon
Et sinon, quelques centaines d’autres romans paraissent ces jours-ci, dont on parle moins, voire peu, voire pas, parfois. C’est dommage car, répétons-le, certains valent le détour. Tiens, revoici Pierre Cendors, par exemple. Cet auteur mystérieux au nom suspect (on n’a aucune preuve qu’il s’agit d’un pseudo) aime inventer des écrivains qui n’existent pas (L’homme caché) et jouer sur les thèmes de la disparition, de l’effacement, du mystère et du mythe. Cette fois, il imagine un vrai-faux cinéaste génial, disparu de la circulation après trois films. Sauf qu’un quatrième a peut-être été tourné, sur la piste duquel il faut enquêter… Les faux réalisateurs sont à la mode cette rentrée : voyez Marisha Pessl (Intérieur nuit, Gallimard), dont on parle aussi beaucoup, à juste titre du reste (chronique à venir, ici même). Cendors s’inscrit cependant dans une veine plus borgésienne que l’Américaine, avec une atmosphère qui tire du côté du fantastique, plus que du polar. Allez-y voir, c’est au Tripode (attention, ça sort le 17 septembre). Jetez un œil, aussi, à un très beau recueil de nouvelles de Frédéric Martinez, L’Amérique (aux Belles Lettres) – recueil de nouvelles, même si le livre s’intitule roman. Neuf textes de formats divers, neuf façons d’imaginer l’évasion hors du monde marchand. Ecriture distinguée, ironie douce, très beau livre. On en a lu d’autres, dont on reparle.

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