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Tout d’abord, la « polémique ». Elle tient en peu de mots : les éditions Mango n’ont pas été autorisées à reproduire les textes des chansons de Jacques Brel dans cet ouvrage. Mme France Brel, fille de l’artiste, s’y est opposée. On pourrait y déceler (mais nous manquons d’informations sur la question) aussi -ou de manière concomitante- le veto de sa maison de disques, par qui a transité la demande d’autorisation. Petit diktat qui arrive tous les quatre matins… Exprimons ce regret : maintenant que le grand livre collectif s’écrit sous nos yeux, il serait peut-être temps de laisser à ceux qui le souhaitent la possibilité de s’exprimer comme ils l’entendent sur des artistes aussi populaires. Surtout lorsqu’un tel livre s’adresse prioritairement à la jeunesse (et dans une collection qui a déjà fait la preuve d’un réel souci de compréhension des œuvres -cf. les albums consacrés à Baudelaire, Apollinaire, Desnos, Brassens, etc.). De fait, la publication d’un choix de chansons aurait eu ici, en regard des témoignages qui jalonnent cette promenade en compagnie de cet enfant de cœur ayant ciselé ses mots comme des perles, une pleine justification.

Pourtant, une phrase de Mme France Brel, rapportée dans un texte inaugural (Vous avez dit liberté d’expression ?) suscite l’intérêt : « les images ne me séduisent pas. » On ne peut lui donner totalement tort. Car si ce ne sont pas les images que l’on attend pour illustrer les mots du chanteur (couleurs jaune, rouge, bleu, pigments venant se greffer sur des photographies sépia, le tout marqué par une esthétique un peu vieillotte), nous ne sommes pas non plus surpris par elles. Tony Soulié mêle photographies et peinture, soit, mais il ne nous donne pas de prolongement, par la rêverie, à l’univers de l’auteur, et aux témoignages recueillis. Concernant ces derniers, nous ne voyons rien à redire. Les personnes qui s’expriment tiennent à peu de choses près une note juste (ce peu de choses, c’est M. Jean-Marc Roberts, qui se présente de nouveau sous les meilleurs atours d’un élève sévèrement discipliné de classe de troisième, et rédigeant comme tel). Evocations concrètes, souvenirs personnels liés au travail avec Jacques Brel, etc. Tout concourt, de Juliette Gréco à Jean Guidoni en passant par l’écrivain Christophe Honoré et les musiciens avec lesquels il travailla, à constituer un hommage sensible sur celui qui inspira au-delà de nos frontières, entre autres, David Bowie et Scott Walker.