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Pierre-Joseph Redouté est légitimement le peintre floral le plus célèbre de France. Il vécut l’âge d’or de la botanique française, des dernières décennies du XVIIIe siècle jusqu’à la moitié du XIXe. L’effervescence règne alors dans ce milieu situé à mi-chemin entre la science et l’esthétique : les systèmes de classification et de dénomination des grands botanistes, Linné en particulier, établis depuis peu, sont en permanence utilisés, étudiés et complétés. Par les voyages et les échanges, les spécialistes français enrichissent chaque année leurs collections de plusieurs milliers de spécimens nouveaux venus d’Orient et d’Amérique. Dès lors, il s’agit avant tout, tant dans les institutions officielles (en premier lieu au Muséum national d’Histoire naturelle) que dans les plus importants jardins privés, de rendre compte de l’immense diversité des végétaux : on classe, on compare, on dissèque, en quête des grandes lignes de la biologie et de l’évolution végétales. Apparaît également la nécessité, inséparable de ce travail, d’établir des descriptions écrites et picturales qui puissent à la fois reproduire les caractéristiques de la plante et en refléter le mouvement et l’harmonie.

Grâce à de multiples formations et à de nombreux voyages, Redouté avait rapidement acquis les qualités techniques et scientifiques nécessaires à ce travail. Il entre alors au service du Muséum, où il exécute une première série de planches pour la Collection des vélins (elle compte aujourd’hui entre 6 500 et 7 000 aquarelles de plantes et d’animaux !). Son talent, vite remarqué, lui permet dès lors de participer à la plupart des grands ouvrages de l’époque, quels qu’en soient les initiateurs (de Marie-Antoinette, avant la Révolution, jusqu’à l’impératrice Joséphine, femme de Napoléon, en passant par Jean-Jacques Rousseau, dont il illustre La Botanique en 1805).

Les Liliacées, dont l’édition originale s’échelonna en huit volumes de 1802 à 1816, témoigne, tant par l’ampleur de son sujet que par la précision de ses dessins, de la maîtrise absolue à laquelle était parvenu le peintre. Près de 500 planches illustrent les différentes variétés de végétaux alors classés dans une grande famille qui comprenait aussi bien des fleurs déjà familières, comme l’iris ou le lys, que des plantes récemment découvertes, comme l’ananas ou le yucca. Les nombreux agrandissements de ces peintures réalisés par Taschen permettent de profiter pleinement de ce que peu de photographies peuvent rendre : l’alliage impeccable, né d’une technique et d’un regard pleins de désir et de savoir, d’un rendu parfait du réel et de l’amour du beau.