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4
sur 5

« L’Empire du Bien triomphe : il est urgent de le saboter ». Rarement une quatrième de couverture (qui n’est généralement pas un motif de réjouissance) n’en aura autant dit sur les intentions d’un auteur. Car nous y sommes : bienvenue dans un monde policé, consolant, et pour tout dire transparent. Une purée de bons sentiments, de discours lénifiants, une profusion de lois et de décrets aussi obscurs qu’invalides, et n’ayant comme justification que d’assurer la survie du législateur, et le ton sirupeux de la littérature contemporaine. Là-dedans, c’est nous. Gesticulant comme nous le pouvons, comme « opposant » ou condamné… au silence.
Seulement, certains ont décidé d’élever la voix. Et ils le disent mieux que d’autres. C’est le cas de Philippe Muray, qui a choisi d’étriller les valeurs dominantes. Dans la grande tradition des Bloy, Céline ou Artaud, il nous fait subir une séance d’électrochocs. Comme il nous l’explique si intelligemment, les choses sont allées très vite depuis la parution de la première mouture de cet essai, en 1991. Tout s’est précipité. Une mise au point s’imposait. Armé d’un stylet trempé dans de l’éther, les attaques fusent. Nous avançons donc ente deux rangées de flammes. Les cibles ? Il n’en manque pas : la Fête organisée, les comiques médiatiques, les politiques, soit cet Empire du Bien qu’il dénonce comme l’incarnation du Mal. Pour prolonger sa pensée, convoquons Cioran, qui s’exprimait en ces termes : « C’est en vain que l’Occident se cherche une forme d’agonie digne de son passé ». Phrase aussi définitive que cet essai est nécessaire. On aurait tort de croire cependant que Philippe Muray, auteur scandaleux par excellence -d’autant plus scandaleux qu’il écrit en français-, s’attaque à de grands édifices sans jamais heurter personne. Alors qu’il parle de choses sérieuses : la mort de l’homme, sa lâcheté, sa responsabilité même dans ce suicide organisé. Une phrase comme celle-ci dit suffisamment bien où nous en sommes : « La plus belle fille du monde ne peut donner que les caresses dont on la couvre ».