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Qu’avons-nous appris à l’école ? Que Louis XIV était le Roi soleil, le monarque absolu, qu’il n’avait pas dit « L’Etat, c’est moi » mais que cela revenait au même. Bref, autant de vérités que de clichés. Philippe Beaussant a été professeur et cela se sent. Mais ce n’était certainement pas un prof comme les autres : son discours a toujours été à rebours de tous les schémas réducteurs, de toutes les directives pédagogiques de l’Education nationale. La France du XVIIe s’est découverte un nouveau visage. Du baroque au classique, il a mis un peu d’ordre dans les définitions.

Or, là il s’est attaqué à Louis XIV. Voilà plus de trente ans qu’il fréquente le personnage. Il était donc en état d’écrire son histoire. Une histoire pas comme les autres. Louis XIV dansait, jouait de la guitare plutôt que du luth. Il suivait tout ce qui se faisait. La construction du château de Versailles est son œuvre, son décor, son testament, un « véritable théâtre en dur ». Louis XIV s’est investi dans l’art pour mieux contrôler son image, sa publicité. Plutôt que de se fâcher directement avec les dévots défendus par la Reine mère, il commande à Molière son Tartuffe. La réussite du livre réside en ceci : pour la première fois les rapports du roi avec ses artistes, de Le Brun à Lully, en passant par Molière et Racine, sont expliqués avec pertinence ; les mécanismes psychologiques et politiques apparaissent comme intimement liés. Louis XIV est l’artiste de sa propre gloire, de son image, de son mythe.

Là où je suis moins Beaussant, c’est dans sa volonté de dresser le portrait intime du roi. Louis XIV a cherché avant tout à construire sa postérité. Or, il se fonde sur les Mémoires du roi, sur des témoignages d’époque. A mon avis, il leur fait trop confiance. On ne peut pas les prendre pour argent comptant. Il peut sembler ridicule de critiquer un point méthodologique. Les conclusions seraient peut-être les mêmes en définitive. Mais pourquoi alors ? Tout simplement parce qu’il y a erreur sur la marchandise. Le portrait qu’ils nous laissent est celui de la légende que Louis XIV, son valet, et ses artistes ont bien voulu que l’on voie. Il me semble trop hâtif de définir l’intimité du roi à partir de ce que lui ou ses amis ont écrit.

En attendant, ce livre se lit avec un plaisir délicieux. La plume est légère, fine, le discours limpide ; peu de gens savent faire vivre cette époque avec autant de sincérité, de précision. Enfin, l’épilogue, cynique à souhait, est un petit bijou. Rarement une conclusion a procuré autant de satisfaction. C’est tout simplement un très bon livre pour les vacances, un livre à lire de 7 à 77 ans… ce qui n’est déjà pas si mal.