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sur 5

Ce petit texte laisse bien perplexe. Il évoque la forme d’un clip musical, séquences courtes et répétitives, images sans grande originalité, poncifs du monde déshumanisé de la technologie. Mieux : un livre parfaitement techno, qui ne s’embarrasse pas de la forme, entre 1 et 6 mots par ligne, 1 colonne par page, et la mise en boucle classique du genre.
Peut-être inspiré par William Burroughs et le cut-up, l’envoûtement en moins, et sans trace de la puissance nocive de l’amiral en ses parages des eaux mortes. Burroughs fabriquait un monde, alchimiste pervers et retors, ici, nous avons affaire à des bribes, des évocations sur l’esprit du temps, froid et banal, aussi beau que les couloirs de Châtelet-les-Halles, sur fond de Love Parade. Touche à tout, fourre tout, sans faire ni chaud ni froid… ce qui serait peut-être impardonnable pour un livre. C’est un plaisir de lecture aussi gratuit que celui des étiquettes de produits allégés, tout pour plaire et vous convaincre de l’innocuité de la chose. On trouve les mots « électronique », « surveillance des galaxie », « A.D.N. », « Moyen-Orient », « attentat terroriste », « les anciennes forêts du monde », « le chaman », « l’armée, les flics et le gouvernement », « les supermarchés » et le tour opérator est fait.
On espère que ce livre n’est pas un pur produit commercial, même s’il y fait penser par sa forme et son contenu. On peut concevoir le choix héroïque, esthétique, sentimental à vocation affichée poétique, pour nous parler le langage-monde. En ce cas, il faut lire In situ sous ecstasy, avec 130 Db dans les oreilles, en pensant bien fort que tout est du pareil au même. Loin de moi l’idée de cracher sur la Techno-Cyber-Culture ; elle ne devrait pas servir de prétexte à une forme d’expression beaucoup trop facile et convenue. Bonne occasion ici de poser la question de conscience : qu’est-ce qu’un livre pour un éditeur ? Une risette au bilan comptable de fin d’année ? Pas possible de penser que sur la masse des manuscrits reçus, des choix plus pertinents et plus courageux ne pourraient être faits…