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sur 5

Haute fidélité, A propos d’un garçon : l’ABC de Nick Hornby. Du coup, souvent, les nouveaux Hornby déçoivent… Manque d’élan, de fraîcheur, ce je ne sais quoi qui faisait le charme des premiers romans. Funny Girl ne fait pas exception. De là à bouder un bon divertissement, il y a cependant un pas.

« Novels should be like TV », déclarait Hornby en octobre 2014. Soit : du divertissement, de la facilité, un passe-temps addictif : chacun doit pouvoir lire ce qu’il aime. Funny Girl répond au cahier des charges ; et en plus, c’est un roman sur la télé. L’histoire : celle d’une Miss Blackpool, cru 64, qui renonce à sa couronne de pacotille au moment de la recevoir et, sans un regard en arrière, part faire carrière à Londres, avec un physique de bimbo, un caractère sans demi-mesure et un sens de l’humour à la hauteur. Barbara Parker, de son nom de scène Sophie Straw, se retrouve, après quelques mésaventures mignonettes, actrice d’une série BBC créée sur mesure pour elle – elle a ravi la vedette à son partenaire masculin, acteur confirmé, le jour de son audition. Barbara (et Jim) prend dès son lancement la tête du box office britannique, plébiscitée par un public en demande d’un petit écran qui lui ressemble (enfin).

Sur cette base, Hornby déroule son récit et immerge le lecteur dans le quotidien de l’équipe (acteurs, scénaristes, producteur), confrontée à la quête du rythme, de l’innovation, et à la pression du téléspectateur. C’est là (et c’est dommage) que le roman bifurque, sans prévenir. L’histoire n’est plus celle de Barbara, qu’on suit presque à titre anecdotique, surtout pour illustrer la problématique de la vie comme une fiction ou de la fiction comme la vie (le couple-petit-écran devient couple à la ville, et les thèmes de la série se transposent ou se juxtaposent dans leur quotidien).

Barbara délaissée, Hornby s’intéresse au tandem de scénaristes de la série. Bill Gardiner et Tony Homes, inséparables depuis leur rencontre en cellule quelques années plus tôt, après une arrestation nocturne dans des toilettes publiques, sont confrontés à travers la série à leur devenir et à leur ambition professionnelle. Quand Tony aspire à une vie normale et à faire rire le plus grand nombre, Bill cherche l’affirmation de soi et l’exception artistique.

Hornby raconte leurs doutes, leurs envies, leurs inquiétudes, leurs solitudes, comme il sait le faire, avec une simplicité qui les rend proches. Il croque également un producteur très réussi, Dennis, pur produit Oxbridge dévoyé dans le divertissement, coincé à la maison avec sa femme à l’élitisme pince-sans-rire. La mise en scène de l’éternel « débat culture populaire vs classicisme rigide » est d’ailleurs parfaitement orchestrée à l’occasion d’une houleuse émission télévisée.

Il y a de la nostalgie dans ce roman, comme souvent chez Hornby. C’est le sentiment qui perdure jusqu’à l’ultime mise en scène, avec ses protagonistes vieillis, pour ne pas dire sur le retour. Nostalgie, désuétude, le souvenir d’une époque, le temps qui passe. Et un regret : avoir abandonné Barbara/Sophie avant d’avoir su qui elle pourrait être. Un divertissement donc, un peu perdu en route, mais plaisant, comme une bonne série BBC.

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