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4
sur 5

Dans Le Plombier des âmes, Michael Guinzburg laisse libre cours à son imagination. Et celle-ci est débordante. Livre décalé par rapport à la production courante, il hisse vers des hauteurs insoupçonnées celui qui s’y plonge ; tant par les thèmes que son auteur exploite -on y entend les mots de tolérance, de compassion, de don, mais aussi quelques gros mots- que par la force et la rapidité -une écriture exigeante, et qui jamais ne lasse- avec lesquels ils sont déployés.
Car ce curieux plombier a une mission : dévoiler les âmes, opérer le grand nettoyage, purifier l’atmosphère de toutes sortes de scories. Cette grâce n’est pas donnée à tout le monde. Et pour mieux comprendre le désordre qui gouverne ses actions (lui qui souhaite justement mettre un peu d’ordre en ce monde), Michael Guinzburg lui a attribué des vertus hors du commun (« des yeux absorbant la souffrance », par exemple). Confronté à la pourriture -guerre économique sans merci, goût du profit, etc.-, il n’aura de cesse de malmener les êtres qu’il rencontre, obtenant ici les aveux d’un homme qui a hébergé un autre homme accusé d’un double meurtre ou poursuivant là une autre protagoniste, Rose, jusque dans les égouts de Paris pour tomber sur une secte ironiquement nommée « Merdistes ».

Une métaphore court tout au long du livre : à quoi bon ? Pourquoi continuer alors que tout s’écroule autour de nous ? Mais voilà, l’homme est également paré d’une autre vertu : « la petite fille espérance », pour reprendre Péguy. Nous ne sommes rien, nous ne savons pas où nous allons, et pourtant il nous faut poursuivre… coûte que coûte.
C’est évidemment en contant les histoires les plus folles que l’on peut lever le voile sur nos conditions misérables, et révéler une part de vérité. Et Michael Guinzburg nous entretient de manière cocasse, parfois loufoque, de notre condition (attention, ces pages ne sont pas aseptisées !), dressant, par la vitalité de son humour, un solide rempart contre la saloperie ambiante : celle du totalitarisme soft sous lequel nous vivons et dont on aurait tort de sous-estimer la puissance néfaste.