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« Décris ! » C’est sans savoir comment, ni par où commencer que Marie-France Mottin répond à cet impératif. Non pas écrire, mais décrire comme s’il y avait une urgence à dire ce qui est, et qu’une écriture ne pourrait rendre sans circonscrire ou sans même travestir. Ecrire, c’est trop, ou alors il faudrait savoir comment, et en l’occurrence, il est bien fat de prétendre savoir quelque chose dès que l’on parle de l’Afrique. De Mungo Park à aujourd’hui, la seule chose vraiment certaine, c’est que ce qui est vrai dans la minute n’est vrai que dans la minute. L’Afrique, c’est un continent, des climats anarchiques, un désert aussi : autant d’esprits qui n’ont de cesse de brouiller les pistes.
Chacun y va de sa théorie. C’est précisément ce que ne fait pas Marie France Mottin. Combien de publications se sont-elles, à ce jour, perdues, égarées dans cette immensité, faute d’avoir voulu écrire l’Afrique ? On n’écrit pas l’Afrique. L’Afrique échappe aux développeurs, aux peace-corps, à tous ceux qui, bardés de bonnes intentions, de diplômes et de « respect ethnique », s’embarquent dans l’Aide Humanitaire ou dans l’industrie du développement. En fait, cette humilité vis à vis de l’Afrique est un vrai fil d’Ariane. Décrire l’Afrique, c’est la seule façon d’évoquer ce continent sans se perdre, en lui restant fidèle comme on décrit, à défaut de le comprendre, un rêve qu’on a eu.
Il n’est pas besoin d’aller plus loin. Les éléments parlent d’eux-mêmes. Chacun parle sa langue et les « développeurs » ont la leur. Le problème, c’est que des mots tels que sécheresse, famine, homme ou chameau sont des idiotismes. Cet essai bouscule pas mal d’idées reçues. Difficile, voire impossible après coup, de se faire un jugement quelque peu sensé sur la réalité africaine, ni même d’en cerner sérieusement les difficultés.
L’Afrique est un songe parfois douloureux. On attend des solutions mais l’auteur n’en donne pas. Bien au contraire. L’Afrique est malade d’une saturation de solutions inadaptées. Celui qui commence à donner une réponse commence toujours par en réduire la question. Non, le problème africain s’étend comme le désert. Et les hommes sont butés. Et il n’y a pas de raisons pour que ça change. Je ne recommande pas ce livre ; l’optimisme y est rare, trop rare. Enfin, il est bon parfois d’ouvrir les yeux…