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2
sur 5

Ce premier roman se situe au cœur d’un univers concentrationnaire et totalitaire. Deux frères, de tempéraments opposés, fils du ministre de l’Intérieur, subiront leur propre destin, l’un avec des hésitations, l’autre aveuglément, mais le résultat sera le même.
La guerre contre l' »Extérieur » fait rage ; elle paraît être la seule justification du système dont le programme est simple : la Terre est surpeuplée, il faut épurer. Dans un univers très proche du 1984 d’Orwell, la terreur, la surveillance et le contrôle font leurs ravages ; sauf qu’ici, toute résistance face à la propagande et à la répression est devenue impossible. L’individu s’adapte ou disparaît. Le but est de s’endurcir au point de plier à tous les impératifs collectifs, au mépris de sa propre existence. Chaque personnage de ce roman tient un monologue intérieur qui ne se différencie pas très bien des autres. Chacun a beau défendre des valeurs idéales, elles finissent toutes par se confondre, même si certains disparaissent, victimes de l’épuration, tandis que nos deux frères triomphent. Ils seront finalement convaincus par la mission grandiose du père, à savoir la nécessité de créer l’Homme Nouveau.

Les descriptions ne nous épargnent pas les horreurs des camps d’épuration ni la sauvagerie des ordres absurdes exécutés sans discussion. Il est évident qu’il faut s’endurcir pour survivre : « Le quotidien est une enfilade d’horreurs, un spectacle sinistre dont nous sommes les acteurs. La seule passivité permise est celle des victimes. » Il faut désormais « battre le fer de la collectivité et en faire une lame capable de trancher les temps. » Mais trop d’apartés intimes et répétitifs, loin d’éclaircir le déroulement du récit, perdent le lecteur et dissipent l’attention. Si le sentiment d’oppression et de suffocation sont parfaitement rendus, on s’éparpille un peu dans les crises de conscience qui sont à peu de choses près identiques : en tous les cas seul compte le sacrifice. Ou encore, si le mal est atroce, il est impossible de faire marche arrière. On retombe sur le même chemin du salut : le combat, l’oblation et le témoignage pour les générations futures. A la fin, il reste de ce roman une impression paradoxale d’inaccomplissement et d’indigestion.