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2
sur 5

La mer était déjà là dans Colloque sentimental, le précédent roman de Julie Wolkenstein, qui avait pour décor une petite ville de la côte Atlantique dans laquelle se réunissait une bande d’intellectuels névrosés et de thésards sentimentaux pour disputer de (et se disputer sur) une obscure écrivain britannique morte au début du siècle ; elle est encore le personnage principal de Happy end, quatrième roman en demi-teinte dont on sort sans avoir l’impression d’y être véritablement entré. Le lieu : la côte normande, donc, encore et toujours, dans un futur plus ou moins proche ; une baie magnifique entourée d’une poignée de villas accrochées à la falaise ; et, surtout, l’avancée inexorable de l’océan qui, un jour ou l’autre, finira par emporter les bicoques à jamais. Dernière représentante de la génération de familles qui habitait jadis ce lieu magique, la narratrice égrène ses souvenirs ; Julie Wolkenstein multiplie les points de vue dans une courte première partie polyphonique qui lui permet de tracer les portraits de quelques uns des personnages de la petite communauté disparue, mais échoue à dissiper l’impression de monotonie qui se dégage de l’ensemble du texte. L’écriture ne manque pas d’élégance, ni la construction de savoir-faire ; la quasi-absence d’intrigue, l’enfermement du livre sur les existences sans sel de ses héros (on attend une bouffée d’air frais lorsque l’auteur aborde l’assassinat d’un climatologue international plus ou moins lié à une organisation sectaire, mais elle referme presque aussitôt la piste et revient à sa baie, inlassablement) et le côté  » album photos  » (presque explicitement revendiqué au demeurant) de l’ensemble lassent cependant rapidement, et seule la sympathie distraite que l’on accorde aux personnages pousse à aller jusqu’au bout. On a beau goûter l’univers de l’auteur, les références littéraires qui parsèment implicitement son œuvre, les auteurs auxquelles elle renvoie (l’exergue, signée Virginia Woolf), on peine à voir davantage dans ce Happy end qu’un bon téléfilm familial ou qu’une réunion émouvante dans une communauté dont elle ne parvient malheureusement pas à nous rendre membre. Dommage.