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sur 5

Mélodie à quatre mains et deux coeurs, Au nom de Salomé est avant tout une histoire de femmes, une mère et sa fille, Salomé et Salomé Camila, dans un décor grandiose, entre révolutions nationales et rébellions intimes. L’histoire de deux vies, liées par la poésie. Des mots se dégagent deux extraordinaires portraits de femmes ; on suit Camila qui, reprenant ses souvenirs, remonte le cours de son existence et, en parallèle, on découvre un journal intime et flamboyant de sa mère, Salomé Urena, poétesse nationale dominicaine, au fil de ses multiples combats. C’est un portrait croisé que nous fait découvrir Julia Alvarez, au fil de souvenirs qui rythment des vies d’exil, avec, toujours, des mots très doux, retenus, comme pour nous faire parvenir finalement au point de plus profonde intimité.

Salomé Urena raconte. Sa vie, ses combats. Comment, jetée dans la poésie dés l’enfance, elle devient l’égérie nationale qu’attendaient les habitants de son île, une figure exemplaire de liberté et d’intelligence attirant à elle les plus grands, malgré son métissage et ses origines noires, malgré son manque de beauté apparent. Elle a son coeur et son courage, celui-là même qui l’aidera au fil des ans à combattre sa jalousie envers son si beau mari, lequel aime ses mots, le pouvoir, les femmes, ce qui brille. A combattre aussi la maladie qui la ronge : asthme puis tuberculose. Pour sortir son pays de l’ignorance, éduquer même les filles, trouver un sens un jour au mot patrie. Sa fille, qui ne la connaît pas, qui ne se souvient vraiment que de « la toux de maman », morte trop tôt, se plonge bien des années plus tard dans tous les journaux, lettres et poèmes qui lui restent de sa mère. Pour mieux comprendre le combat qu’elle aussi a mené toute sa vie, éternelle exilée, loin de sa terre, en quête d’un amour introuvable, un amour que nul chez elle n’aurait su comprendre, un amour pour une femme. Pour enfin dialoguer avec une mère disparue qui souhaitait « que jamais ses rêves ne meurent ».

Les deux portraits sont magnifiques, reprenant l’histoire des deux femmes comme si elles s’étaient réellement connues et avaient eu la chance de partager leurs émotions, leurs amours, leurs confidences. Avec cette idée qu’il n’est jamais trop tard : trop tard pour leurs retrouvailles, trop tard pour que la « Muse de la nation », Salomé Urena, s’imagine l’avenir et soit heureuse, en regardant sa fille.