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4
sur 5

C’est une somme. Une somme peu commune sur un sujet toujours aussi brûlant : le punk. Son ombre plane sur toutes les réalisations qui ont suivies. « Aujourd’hui, nous dit l’auteur, ces voix anciennes paraissent aussi touchantes et effrayantes que jamais -en partie à cause de la qualité irréductible de leur exigence, en partie parce qu’elles sont suspendues dans le temps ». Circonscrire Lipstick traces à ce seul sujet relèverait pourtant du contresens. C’est une base, un point d’accroche. Car le réseau de correspondances que tisse Greil Marcus entre les mouvements Dada, l’Internationale lettriste et son prolongement situationniste, relève quant à lui de la fascination. De découverte en découverte (textes, entretiens), son auteur établit des connexions insoupçonnables entre ces différentes histoires, pour mieux dresser le bilan de la contestation constamment renouvelée dans le siècle. Le punk fut ainsi, pour une part, un précipité tenant en quelques slogans et attitudes de l’élaboration théorique et rhétorique des situs (de la pure négativité). Et les exemples se multiplient à foison dans cet ouvrage qui, malgré quelques lourdeurs stylistique, est et restera comme un document remarquable sur le siècle.

Ces histoires réunies (celles de Johnny Rotten, Guy Debord et Richard Huelsenbeck, ainsi que celles des multiples personnages situés à la périphérie), mêlées les unes aux autres, forment un roman fabuleux. Notamment parce qu’elles résument parfaitement la quête personnelle de Greil Marcus. Une quête vers laquelle il s’élança de manière méthodique, mais avec sans doute une certaine crainte, de peur que tout ne lui explose à la figure et ne le détruise (car les intuitions, savoir immédiat, confinent à l’angoisse). L’attirance fut pourtant trop forte lorsqu’il commença ses recherches (à l’heure indécente du reaganisme). Une aventure qu’il a su pousser jusqu’à ses limites absolues. Greil Marcus a réussi cela : un jour, une petite voix lui a dit : « cours vers là où ça brûle », lâche la proie pour l’ombre. Au risque d’y rester ?