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Faudra-t-il rappeler qui est Münchhausen ? L’homme qui enfourche les boulets de canon pour aller guigner les lignes ennemies, l’homme qui, comme Jonas, a vu les entrailles de la baleine et qui, non content d’en sortir, sauve les marins qui l’y ont précédé, et des vaisseaux entiers ; Münchausen qui emboutit les ours, se téléporte par canards sauvages et retrouve sa serpette accrochée dans la Lune au moyen d’un pois de Turquie, Münchhausen le hâbleur nous est à nouveau conté, et c’est avec un rare bonheur.
Münchhausen ne porte pas les Français dans son cœur. Il leur préfère, semble-t-il, les Anglais auxquels il rendit, pour le sport, d’invraisemblables services. Pourtant le Baron a comme qui dirait des manies de Gascon. C’est sans doute cela qui séduisit la descendance d’un autre conteur magnifique, Théophile Gautier, et amena Théophile Gautier fils à réaliser cette jubilante traduction où anecdotes et exagérations s’accompagnent toujours d’une ou deux grossièretés bien senties. A force de mentir, Münchhausen devient poète : grand magicien du verbe, le Baron se laisse volontiers emporter par ses propres mots et, ce faisant, finit par traverser la Terre.
On ne boudera donc pas son plaisir : les Aventures du Baron de Münchhausen sont un régal. Cette édition, qui tient dans la poche, est toute ornée des belles gravures du grand Gustave Doré. Où le Baron chevauchant tient un peu de Cyrano dans le port de l’épée, et du Quichotte dans la cambrure. C’est que Münchhausen est un peu tout cela, à sa façon.