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sur 5

« Esthète engagé dans l’action et homme d’action réfugié dans l’esthétisme », Ernst Jünger fut marqué sa vie durant par cette double nature. Il opéra une tentative de conciliation entre l’ordre contemplatif -et réfléchi- et l’engagement physique (celui des deux guerres qu’il vécut). Dans ces deux expériences concentrées à l’extrême (c’est paradoxalement la guerre qui lui donna la conviction que la littérature était pour lui une nécessité), il trouva une source vive, l’émerveillement, afin d’échapper, en partie, aux pressions sociales. Ainsi inventa-t-il l’ »anarque », exilé volontaire d’un monde qu’il ne reconnaît pas, tout en y participant à ses heures, mais ennemi résolu de l’homo technicus. De même, l’observation du microscopique (on connaît son amour des coléoptères et son art de la chasse) lui permit de percevoir les lois universelles. Synthèse remarquable de ses idées et des principales actions qu’il mena, ce livre d’entretiens constitue un passage obligé pour comprendre le siècle. Il aide à déchiffrer le monde (tel qu’il est, et à venir : « le XXIe siècle ne sera qu’un intérim » -intuition ?-, comme un grand livre ouvert sur lequel on revient inlassablement. Page ouverte : « Le véritable écrivain, comme la véritable richesse, se reconnaît non pas aux trésors qu’il possède, mais à sa capacité de rendre précieuses les choses qu’il touche. Il est donc semblable à une lumière qui, invisible en soi, réchauffe et rend visible le monde ». Les Prochains Titans expriment, entre autres, cela. C’est dire si l’auteur de ces paroles demeure une figure incontournable de ce siècle où les soubresauts succèdent aux soubresauts.