PARTAGER
4
sur 5

L’effroi : voilà le sentiment que convoque cet édifiant récit. Car Tout va bien puisque nous sommes en vie n’est pas un roman. Son auteur pourrait le confirmer : il n’a aucune imagination -ou si peu. C’est bien ainsi. Alors, entre les scènes dénonçant la corruption des milieux politiques et financiers et celles consacrées à sa vie intime, en pleine déliquescence, ces deux histoires parallèles finissent par n’en former plus qu’une. La tranche de vie d’un héros, seul, désespérément seul, en plein labeur. « J’étais comme un héros de X Files. Je revenais d’un pays au-delà de la frontière, où personne ne va jamais mais dont tout le monde parle ». Tout le monde ? A en croire le nombre de soutiens (ou relais) dont dispose l’auteur, rien n’est moins vrai. Jetons un œil sur la manière dont les journaux parlent dorénavant des « affaires » : plus rien ne se passe. Elles continuent à « éclater » quand « on » veut bien qu’elles éclatent. Si bien qu’il faut renouveler sa charge, différemment. C’est ce à quoi s’est employé Denis Robert dans cet ouvrage. Au risque de passer pour fou, paranoïaque ou autiste, tant le temps qu’il consacre à traquer les dysfonctionnements du système démocratique (« Le mensonge est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures ») est important. Pourtant, ils sont nombreux ceux pour qui la vie suit son cours (quasi)imperturbable : regardons Mme Guigou et son projet de « réforme » de la magistrature. Contre-offensive du pouvoir mafieux ; réponse : coup de gueule des magistrats dans un silence total (ou presque). Question : y a-t-il encore quelqu’un dans une quelconque rédaction pour accepter l’idée qu’il devrait y avoir une hiérarchie -sans parler du traitement « hasardeux » qui en est fait- dans les informations communiquées ? Comme le dit le protagoniste de ce livre capital pour connaître l’envergure du désastre qui nous guette : surtout « Ne pas devenir parano. Même si, parfois ». Justement, dans une époque paranoïaque, seuls les paranoïaques ont raison. Prenons en acte, car les illusions prennent fin un jour ou l’autre.