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Après le très médiatique Livre noir du communisme, voici Le Livre noir du capitalisme qui dresse à son tour le sombre bilan de la répression « libérale », toute innocente celle-ci, puisque naturelle. Les lois du marché libre sont les lois de l’éternelle nature humaine, et non pas celles d’une quelconque idéologie qui prétendrait vouloir modifier l’ordre des choses, ni même l’orienter dans un quelconque but, profitable à tous. Ces lois du marché libre produisent de la richesse, et peu importe que cette richesse se retrouve naturellement concentrée dans les mains de quelques uns. Il y aura toujours des miettes pour les pauvres, tant qu’ils accepteront de gré ou de force de travailler pour leurs bienfaiteurs, au prix fixé librement par les lois du marché.
A la différence du communisme, le capitalisme n’annonce rien et ne promet rien. Pas de lendemains qui chantent, mais un monotone et écrasant présent, où le temps et le travail n’existent que pour être exploités et rentabilisés au profit de quelques uns. Pas de préméditation de ses crimes, mais une implacable et rigoureuse nécessité. Un seul projet et un seul credo : la recherche du profit maximum dans le minimum de temps. On pourra parler de catastrophes, mais celles-ci procèdent de mère nature, qui serait assez fou pour les lui reprocher ? Ne bougez pas, le capitalisme bouge pour vous. S’il compte des catastrophes, ce n’est la faute de personne en particulier, mais celle des indices boursier. Là encore, qui serait assez sot pour en vouloir à des indices… Le bilan comptable ? Il existe pourtant : pour la répression de Sétif en 1945, les estimations dénombrent de 6 000 à 45 000 morts ; à Madagascar en 1947, 80 000 victimes ; en Indochine (1946-1954), les chiffres varient suivant les sources de 800 000 à 2 millions de morts ; et en Algérie (1954-1962), de 300 000 à 1 million. On peut rajouter la déportation esclavagiste d’Afrique aux Amériques, les quelques millions de morts dans les tranchées en 14-18 ; les grillés au napalm ; les fusillés du mur des Fédérés ; l’extermination des Indiens d’Amérique et les innombrables victimes des dictatures militaro-libérales. Les crève-la-faim dans les pays du Tiers-Monde, les peuples étranglés par le FMI, la Banque Mondiale et l’OCDE avec la complicité de leurs dirigeants fantoches.
Le communisme aurait conduit à une centaine de millions de victimes ; le capitalisme, lui, continue d’écrire quotidiennement les pages lugubres de son livre noir. On ne compte plus les populations courbées sous le joug des marchés financiers, ni le nombre croissant des condamnés au chômage ou à la misère, ni les guerres tribales déclenchées pour s’accaparer la maîtrise des richesses du sous-sol, ni les désastreuses conséquences des diktats économiques imposés par les institutions internationales… il suffit d’ouvrir les journaux, prière quotidienne du matin, à la gloire de l’Esprit en marche dans l’histoire.
Au fait, que veut dire « libéral » ? Littré le définit ainsi : « ce qui est digne d’un homme libre. » Et le Petit Robert donne la liste suivante d’antonymes : « avare, autocrate, dictatorial, dirigiste, fasciste, totalitaire. » Vous n’êtes pas convaincus ?