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4
sur 5

Dans le morne paysage littéraire de la littérature française, les « missiles » de Christophe Paviot pourraient bien détonner. Puisque, reprenant le cœur même de la définition d’événement, Paviot dévie de la hype qu’il affectionne du bout des doigts pour créer un univers littéraire singulier, décalé et délétère. Car tout se détruit inexorablement dans le petit monde de Paviot : la forme, en premier, qui -sous ses airs de nouvelles hyper-codifiées- tente les chemins de traverse et fuit petit à petit vers l’absurde ; les thèmes, trilogiques comme à l’habitude (sexe, drogues et rock’n’roll, total « déjà-vu »), qui disparaissent progressivement dans une puissance narrative peu commune.

On s’étonne alors de trouver en Paviot et ses quinze nouvelles de troisième espèce une porte de sortie heureuse dans la génération sans talent de suiveurs du territoire zéro de la fiction française. En bon dandy détaché des basses préoccupations micro-médiatiques d’un Beigbeder (rez-de-chaussée), Rey (-1) ou d’un Zeller (-2, tout le monde descend), Paviot signe le retour du macabre et du sordide dans un registre inédit où distance et ironie féroce sont omniprésentes. Et si l’ombre d’Ellis plane toujours au-dessus de cette prose extatique aux accents parfois minimalistes (Missiles et autres souvenirs cardiaques comme relecture acide du recueil Zombies), elle n’en est pas pour autant écrasante. Paviot joue dans une autre classe, non pas celle des petits-maîtres de la redite mais celle des écrivains qui se risquent, détachés et je-m’en-foutistes, à tordre le cou aux présupposés de la littérature contemporaine. Dans la géographie de son univers, quelques constantes : un « tropicalisme » revu et corrigé (du Volodine à la sauce techno), une impression diffuse d’apocalypse imminente et un sursis, étouffant, qui guette chacun des non-héros de ses nouvelles.

En quinze mouvements, sa démonstration littéraire intrigue tout autant qu’elle peut agacer : enfermées dans le carcan trop restreint de la nouvelle, les trames narratives de l’auteur ont parfois du mal à aller au-delà de l’anecdotique et se perdent dans quelques écarts procéduriers malvenus (voir la nouvelle où le narrateur promet de « ne pas parler de cul » et dérape invariablement vers des scènes sexuelles trop attendues). Restent pourtant quelques saillies brillantes, dérapages incontrôlés sur le thème du no-future, qui confirment tout le bien qu’on pouvait penser de l’auteur de Les Villes sont trop petites et de Le Ciel n’aime pas le bleu. Intrigant.