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La religion, acte fondamental de l’esprit et du cœur, qui consiste à dire « je crois », a beaucoup perdu dans les produits « immortalité », « salut de l’âme », « justice divine », « rémission des péchés », mais beaucoup gagné dans le secteur-produit de l’Économie. Les économistes de tout acabit sont les nouveaux théologiens, qu’ils soient scientifiques ou diafoirus. Des moulins à prières et des champions de la prévision infaillible. La preuve ? Rien de ce qui a été prévu par nos bonimenteurs ne s’est jamais réalisé, quand leurs propres discours ne les ont pas conduits eux-mêmes tout droit à la faillite. Voyez Merton et Scholes, les génies de la finance, couronnés du Nobel, qui spéculaient sur la base du modèle de la sacro-sainte et divine concurrence. En gros, le marché c’est la concurrence, pariez sur elle, c’est le cheval gagnant à toutes les courses… On peut supposer que sur le marché, c’est la loi de l’offre et de la demande qui équilibre l’ensemble, Isn’t it ? Élémentaire, n’est-il pas ? Résultat : une claque phénoménale à peler le cul d’un babouin. Et ainsi tout à l’avenant. Bernard Maris aligne les honorables têtes pensantes de la matière économique pour leur mettre le nez dedans. Désormais quand vous entendrez ou lirez qu’il s’agit de « conquêtes de parts de marché, d’imposer des produits, de rentabiliser, de maximiser les profits et amen », vous pourrez rire de bon cœur et ça vous soulagera.

Que l’incertitude est une donnée irréductible, la seule constante avérée du système, nombreux sont les économistes qui le savent depuis longtemps. La plupart se taisent : ils sont payés pour travailler non pour parler à l’armée des cadres supérieurs, moyens et inférieurs. Ce sont des besogneux qui étudient, calculent et modélisent. Des théoriciens, des purs, qui ont beaucoup à voir avec les mathématiciens, c’est-à-dire qui vivent dans un univers de jeu, où le jeu est une passion sérieuse qui fait véritablement plaisir et où s’envole l’esprit. Ceux que l’on entend sont les moins bons, des journalistes, ou bien mieux encore les experts, la cible visée par l’auteur de ce pamphlet : les escrocs. Qu’est-ce qu’un expert ? Un professeur sérieux, qui connaît son métier et sa discipline, et qui un jour, mû par une rancœur ou une amertume bien légitime d’entendre pérorer sur les antennes un de ses anciens étudiants BTS de com’ ou IUT de journalisme, décide d’en remontrer aux blancs-becs et aux gandins qu’il tenait sous son aile quand ils étaient petits poussins dans le poulailler. Réflexe mâle ou lassitude, jalousie, mouvement d’humeur ? On ne sait… Toujours est-il qu’à force d’en rajouter, d’en moucher et d’en remontrer sans cesse, s’entassent ainsi les épaisses couches d’assertions gratuites et compénétrées, de mensonges crasses et de bêtises cimenteuses jusqu’à former le monument de connerie qu’est devenu le discours économique. Prétentions, élucubrations, flagorneries et paillassonneries répugnantes. Le zoo, ses humeurs, ses odeurs de pisse et d’humidité, ses frénésies sexuelles, ses masturbations, ses tonnes de crottes, sa promiscuité et sa misère.

Il est vrai que le communisme était aussi une religion guerrière, dans le même zoo, avec les mêmes bourricots et les mêmes grands fauves. Une religion perverse, qui réclamait soumission et obéissance, mais de bonne foi, puisqu’il s’agissait de croire en la rédemption glorieuse des miséreux… L’enfer est pavé de bonnes intentions. Ici, les marchands et leurs prêtres nous proposent la Confiance et la Liberté. C’est simple, c’est clair, ça n’emmerde personne et ça ne mange pas de pain. Les hommes sont libres et égaux sur le marché, par un petit matin clair et serein, à 7 heures pétantes, le cabas à la main, dans l’air vif et tonique d’une belle journée qui ne fait que commencer. De plus, la vérité est là, sous vos yeux, évidente et irréfutable, marquée sur les étiquettes plantées dans le cul des poulets et au sommet du crâne des ananas. De plus, ce marché a pour lui et avec lui la Démocratie, la Raison, le Progrès et le maximum de Bonheur que l’on est en droit d’espérer.

Ce n’est pas parce que les papes bénissent et que l’Esprit est avec vous, vaillants soldats, épiciers civilisateurs et chalands civilisés, que vous n’allez pas être pris un jour ou l’autre d’un irrésistible fou rire. Le jour où vous en aurez tout simplement marre, par exemple. En attendant : La Confiance. Si vous la perdez, vous allez payer. L’État renfloue quand il le faut. Si vous persévérez, vous prendrez votre licenciement le sourire aux lèvres, puisque dans la logique du mouvement d’harmonie générale, vous aurez acheté des actions -l’avenir étant aux petits porteurs et à la participation active des salariés à leur entreprise-, et ce qui est bon pour l’entreprise est bon pour l’action et réciproquement. Allons, courage ! Il n’y a que les imbéciles pour ne pas mettre du cœur à l’ouvrage.