PARTAGER
4
sur 5

Quoi de plus mystérieux qu’une odeur, capable aussi bien d’attirer et de séduire que de provoquer d’irrésistibles réactions de dégoût ? Annick le Guérer sait de quoi elle parle. Née dans une famille de parfumeurs, elle a grandi parmi les senteurs les plus fortes ou les plus subtiles et suivi les différentes étapes de la fabrication d’un parfum, depuis sa conception intellectuelle -le parfumeur est comme un peintre, il visualise la palette des fragrances qu’il souhaite retenir dans un flacon- jusqu’à sa réalisation.

Philosophe et anthropologue, elle s’est ensuite intéressée à l’histoire des odeurs dans les différentes civilisations et à différentes époques. Elle nous révèle que le sens de l’odorat est aujourd’hui particulièrement déprécié et que, contrairement aux autres sens, il est perçu comme un sens « animal », qui, dans une société qui tend à stigmatiser et à faire disparaître les odeurs, est menacé de dégénérescence. Il a pourtant une relation étroite avec la zone du cerveau qui gouverne la mémoire et les émotions ! (Voir l’exposition Théâtres des sens).

Si l’on pousse un peu la prospective, on se dit que la perte de l’odorat entraînera forcément celle du goût et que, si l’on en croit ceux qui se sont penchés sur la question, les fabricants de walkman ayant préparé une génération de malentendants, il ne nous restera bientôt plus que nos yeux pour pleurer… Son étude, qui se lit presque comme un roman, fourmille d’anecdotes et de références bibliques et historiques. On y découvre que le statut des parfums et des odeurs a toujours été ambivalent. Ils ont, dans le passé, été associés à des rites religieux ou païens, à des pratiques occultes, voire maléfiques. On les a considérés comme corrupteurs, mortifères, responsables d’épidémies, etc.

Bref, les parfums n’ont pas toujours été en odeur de sainteté. Aujourd’hui encore, quelques esprits malfaisants se plaisent à parler de « l’ennemi » en termes olfactifs… Côté positif, on leur a attribué des pouvoirs prophylactiques, envoûtants ou érotisants. Au fait, quel est votre parfum préféré ?