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3
sur 5

Pour son premier film, Helena Taberna n’a pas choisi la facilité ; redonner vie à l’un des membres mythiques de l’ETA : Maria Dolores Gonzales Catarain, plus connue sous le nom de Yoyes. « L’exemplarité » de son parcours -elle rejoint l’ETA à l’âge de 17 ans, est la première femme à détenir un poste à responsabilité au sein de l’organisation et finit tuée par l’un de ses anciens compagnons de lutte- aurait pu aisément conduire à l’hagiographie d’une figure romantique de la lutte armée. Mais c’est avec rigueur et honnêteté que la réalisatrice filme la vie d’une femme devenue icône malgré elle.

Le film retrace de manière non linéaire (le recours trop fréquent au flash-back apporte d’ailleurs une certaine confusion au récit) deux moments clefs de la courte existence de Yoyes (Ana Torrent) : ses années militantes dans le mouvement séparatiste basque et son séjour en France après une longue période d’exil au Mexique. Entre les deux, une fracture à peine évoquée : la rupture avec le mouvement dans un refus d’adhérer à ses dérives de plus en plus sanglantes. Yoyes possède le double mérite de combler (partiellement) le déficit d’images cinématographiques dont souffre cette guerre entre séparatistes basques et gouvernement central, tout en livrant le portrait d’une activiste montrée avant tout comme un être humain et non en tant qu’emblème d’une cause Dans sa représentation d’un conflit d’une grande complexité, la réalisatrice s’abstient, la plupart du temps, de tout manichéisme et n’hésite pas à briser quelques tabous, en particulier celui du terrorisme d’Etat incarné par le GAL.

Mais si le piège du film à thèse est soigneusement évité, Helena Taberna n’est qu’une bonne élève appliquée qui ne s’affranchit jamais du cadre convenu de la biographie filmée. Le symbole est certes humanisé -tous les aspects de son existence sont évoqués aussi bien d’un point de vue militant que familial ou sentimental- mais toujours de manière compassée, trop respectueuse. C’est donc bien plus en raison de la richesse même de son « matériau de base », la vie en soi passionnante de Yoyes, que par sa mise en images trop sage que le film retient notre attention. A voir pour l'(H)istoire.