Depuis que Pixar et la japanime tiennent le haut du pavé en matière d’animation, on en aurait presque oublié l’existence du studio Aardman. Celui-ci revient cependant en force, intact, fidèle à sa pâte à modeler et à son filmage image par image. Plus incorruptible que jamais même, puisque après l’escapade Chicken run, Nick Park relance les poumons du studio que sont Wallace et Gromit. Avec, c’est une première pour les deux héros mythiques, un format long métrage, nouvelles ambitions artistiques et exigences économiques obligent. Ceci dit cette quatrième aventure s’avère autant une consécration qu’un rappel à l’ordre dogmatique : oui à l’extension des potentialités narratives que permet le long métrage, non à l’éventuelle aseptisation qui en découle, Nick Park n’ayant pas digéré que les volailles de Chicken run ne portent pas ses empreintes digitales. Bref, Aardman restera échoppe ou ne sera pas.

Le mystère du lapin-garou contient donc les arguments habituels : quête du tour de force, plaisirs de la mécanique et de la construction, malmenage du cliché british entre esprit corrosif et fantasmagories, pastiche des genres, surtout le film fantastique et le thriller. Seul l’espace s’agrandit et se peuple. Le scénario aménage remarquablement cette transition, reliant directement Wallace et Gromit aux habitants de la ville. Alors que chacun s’active à cultiver le plus grand potager en vue du Grand Concours Annuel de légume, le tandem veille à ce que chaque courgette ou carotte pousse à l’abri des nuisances des lapins. Mais pas question de maltraiter ces créatures à grandes oreilles : à nouvelle contrainte, nouvelle lueur de génie, une multitude de machines ou pièges sournois dont un nain de jardin sonneur d’alarme et un aspirateur qui attrape les bestioles en douceur.

Démesurée par rapport au court métrage, cette soif de faire se succéder les scènes les unes aux autres. Il n’y a presque que cela ici, ce plaisir de l’enchaînement qui confine à l’abstraction tant l’histoire n’est qu’une suite de liants entre deux réservoirs d’actions. Park a tout du savant fou et du compétiteur, qu’incarnent parfaitement Wallace et Gromit. L’être humain pour l’esprit maniaco-fantaisiste, ce besoin de rationaliser la pensée et le rêve, de relier les idéaux cinéphiles ou comment Frankenstein et King Kong montent quatre à quatre les 39 marches d’Hitchcock. Le chien pour la performance sportive de la mise en scène, le défi face aux éléments (courses automobiles sous la terre, batailles aériennes et in extenso la miniaturisation et la pâte à modeler), l’envie d’en découdre avec les contraintes du cinéma d’action. Pas de mystère donc, pour ce lapin-garou cuisiné avec le génie limpide d’un grand chef sûr de ses recettes.

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