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2
sur 5

Bonne nouvelle : l’horripilante Rona Hartner ne fait pas partie du générique. Après l’avoir découverte dans Gadjo Dilo, on a dû subir son hystérie maladive dans Je suis né d’une cigogne et on se prend à respirer un peu de son écart, espérons-le définitif, du cinéma humaniste de Tony Gatlif. Car, au risque peut-être d’apparaître comme son laudateur exacerbé, le réalisateur n’est jamais aussi bon que quand il s’intéresse à la souffrance des minorités culturelles. La sincérité dont il fait preuve à cet égard ne peut d’ailleurs guère lui être discutée et Vengo en constitue, à cette aune, un témoignage supplémentaire après le magnifique Latcho Drom.

Interprété par Antonio Canales, danseur réputé, et de nombreux musiciens de flamenco (la bande-son vaut le détour), le film prend place dans une Andalousie très cinégénique et Tony Gatlif opère là un retour salvateur vers le sud. Mais, à partir d’un récit très mince (un homme rongé par la disparition de sa fille doit affronter la rancœur d’une autre famille au sujet de la mort de l’un d’entre eux), le cinéaste s’affaire presque exclusivement à développer la matière musicale que recèle son sujet. Ce qui le motive, son intention première, c’est de faire un film sur le flamenco ; mais le résultat, hélas trop logiquement, n’est qu’une simple série d’intermèdes musicaux. L’histoire n’est plus qu’un prétexte alors même qu’elle aurait gagné à investir de façon plus implicite, et pas seulement dialectique, le contexte musical, pour aboutir à une forme d’opéra élégiaque.

Toutefois, Gatlif réussit à créer un univers séduisant presque hors du monde. L’utilisation répétitive de grands-angles et les couleurs brunes de la photographie contribuent à cette déréalisation qui rapproche Vengo de certains films de série B voire, par bien des aspects, de la bande dessinée (notamment de Juan Solo de Georges Bess et Alexandro Jodorowsky). Ajoutez à cela les costumes noirs impeccables que revêtent les différents protagonistes et vous obtenez le premier film musical de mafia. Comme quoi, il n’y a pas de sot plaisir !