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sur 5

Le titre du nouveau film de Bernard Stora, après Le Jeune marié (1983), Vent de panique (1987) et Consentement mutuel (1994), nous tend la perche pour un jeu de mot facile mais non avenu, car qualifier de « dérangement considérable » ce film serait déjà lui faire trop d’honneur. Que dire d’original sur cet objet insipide qui ne convoque que du réchauffé ?
Malgré la présence d’acteurs talentueux (en l’occurrence Jalil Lespert récemment vu dans Ressources humaines et la lumineuse Mireille Perrier), le réalisateur s’acharne à sous-exploiter les ingrédients d’une histoire déjà peu passionnante à l’origine. Le jeune Laurent a tout sacrifié pour devenir footballeur professionnel, mais au moment où il est en passe de concrétiser son rêve, l’amour apparaît dans sa vie sous les traits de la mère d’un copain. Cette dernière va alors chambouler sa vie équilibrée et sa routine bien installée au grand dam des proches de Laurent.

Mélangeant des éléments censés apporter sa dose nécessaire d’originalité au film (les demi-frères arabes du héros, les plans numériques sur les matchs de football) et d’autres plus attendus (le jeune beur gouailleur, la mère avec son franc-parler et ses maximes pleines de bon sens, la journaliste toujours flanquée d’un appareil photo), le scénario empile sans vergogne des clichés maladroits. Pire, la mise en scène de Bernard Stora s’avère incapable de faire naître du sentiment des images. On reste ainsi de marbre devant un enchaînement de scènes antidramatiques au possible. L’émotion ne fait même pas irruption à la fin, coup de théâtre artificiel, qui ne fait qu’ajouter au manque de logique de l’ensemble. A histoire plate, traitement conforme et le réalisateur confond sans nul doute sobriété et fadeur de la réalisation. Cadrages inappropriés (voir les plans convenus sur les ébats de Laurent et Fabienne qui donnent à la scène l’impression d’un passage obligé plus que désiré), poésie foireuse (Claude François et filtre rouge en guise de lyrisme dans la scène du resto vide), et faux événementiel (quand Fabienne croit que Laurent se suicide) forment à l’unisson une partition dans laquelle les fausses notes abondent.