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2
sur 5

Précédé d’une douteuse réputation imputable au refus de la MGM de montrer le film à la presse américaine, Un Automne à New York n’est certes pas pour le spectateur la saison en enfer qu’il pouvait redouter mais ne parvient pas non plus à s’affirmer comme autre chose qu’un véhicule luxueux et vain pour ses deux têtes d’affiche : Winona Ryder et Richard Gere.

Pour sa deuxième réalisation, Joan Chen, remarquée comme actrice chez Bertolucci avant de s’égarer dans le Z en compagnie de Rutger Hauer, délaisse les steppes du Setchouan de Xiu Xiu au profit des restaurants chics et des lofts classieux de la Grande Pomme qui servent de cadre à une variante alanguie de Love Story. Une frêle et jolie modiste atteinte d’une maladie incurable s’éprend d’un play-boy quadragénaire qu’elle réoriente à grand peine vers la monogamie alors qu’il découvre parallèlement qu’il est le père d’une fille de l’âge de sa moribonde maîtresse. Ce qui s’ouvre comme une illustration romanesque sur le thème, si ce n’est de la gérontophilie -Richard Gere n’étant tout de même pas, malgré son brushing poivre et sel, un vieillard-, tout du moins de la différence d’âge dans le couple, se conforme ensuite rapidement au récit d’Eric Segal, les discordances sociales en moins, la découverte tardive d’une paternité annexe en plus. Gabriel Yared succède à Francis Lai dans le rôle du Frenchie à qui est confiée l’écriture d’une partition soignée et le Chinois Gu Changwei, chef-opérateur de Chen Kaige (La Vie sur un fil, Adieu ma concubine) importé aux Etats-Unis par Robert Altman pour son désastreux Gingerbread Man, remplace les vilains zooms de Dick Kratina par une prise de vue élégante et une recherche poussée sur les tons ambrés qui, automne oblige, donnent leur tonalité au film.

Pour le reste, le schéma est identique et l’on trouve même, comme chez Arthur Hiller, une scène de patinoire. Rien de bien nouveau donc dans ce mélo des familles dont les ressorts rouillés crissent ostensiblement et qui synthétise accidentellement le manque d’imagination et l’inspiration hoquetante du cinéma hollywoodien dans ce qu’il a de plus commercial. Cela dit, le savoir-faire aidant, cet Automne à New York réussit sporadiquement, en grande partie grâce à la prestation assez fine de Winona Ryder, à nous faire adhérer aux très grosses ficelles émotionnelles auxquelles il recourt sans pudeur. La comédienne a beau porter les chapeaux les plus immondes et les tenues les plus idiotes jamais confectionnées par qui que ce soit, les efforts pervers de son costumier ne viennent jamais à bout de son charisme. Par sa seule présence, le film existe un tant soit peu et parvient, tel un oignon efficace, à nous extirper quelques larmes de complaisance.