Il est légitime d’attendre un minimum d’un film de Joel Schumacher, même en 2010, alors que celui-ci est officiellement, et dans l’indifférence générale, relégué à la casse. Twelve est donc le dernier Schumacher, ce qui ne saute pas aux yeux malgré le cameo du fidèle Kiefer Sutherland (Génération perdue, L’Expérience interdite) ; un film de jeunesse dorée new yorkaise, entre un Robert Pattinson movie et le pompage d’un roman de Bret Easton Ellis par un mauvais journaliste de féminin people. Le « twelve » du titre désigne une drogue foudroyante (« un mélange de coke, d’héroïne et d’ecstasy ») prisée dans les soirées privées et vendue, très chère, par 50 cent. Une goutte du précieux liquide et hop, le cadre tremble, l’image floute, se dédouble, et la jeune consommatrice bourge se métamorphose illico en épave prête à tous les sacrifices pour retenter l’expérience, y compris faire plus ample connaissance avec le très prolo et très noir 50 cent.

Vulgarité de nouveaux riches, violence en papier crépon et grosses ficelles, le tout parfumé d’effluves réacs et puritains, il y avait incontestablement matière à revigorer le grand Joël. Mais bizarrement, le film reste très sage, très mièvre, ni vraiment naïf dans sa représentation gentillette de la violence (on s’adresse aux 12-15 ans), ni même frustré de son lissage. Alors qu’un Schumi movie traditionnel prend toujours le temps d’en rajouter une couche, par provoc pure ou simple mauvais goût (et au profit, parfois, d’un vertige pas inintéressant), Twelve se borne au zapping, refusant de s’implanter quelque part (le scénario suit les basques d’un gentil dealer taciturne distribuant une myriade de personnages que l’on confond très vite) et surtout de s’approprier la moindre image.

La petite musique polyphonique (c’est un film choral) atteint un degré de formatage et une constance dans le ronronnement qui vont au-delà du pilotage automatique. On dirait une matière brute, homogène mais divisible (des tranches de Twelve), un peu à la manière des vidéos d’aquarium ou de feu dans la cheminée – deux heures de crépitement garanties. Gardons espoir : Schumacher a déjà somnolé des films du même acabit (Bad company, Le Client, Cousins), un réveil ultérieur est donc encore concevable.

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