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3
sur 5

La comédie trash est en vogue aux Etats-Unis et pourrait même devenir un genre à part entière. De Paul Weitz (American pie) à Todd Solondz (Happiness), l’humour potache, limite scabreux, se répand avec plus ou moins de bonheur et d’intelligence sur nos écrans. Côté influence, on jurerait d’ailleurs que ce long métrage du novice James B. Rogers a été co-réalisé par les frères Farrelly (ici producteurs), période Mary à tout prix. Au centre du film, la même figure de jeune fille belle et pure qui, malgré elle, entraîne son entourage dans une série de situations douloureuses et fortement répréhensibles d’un point de vue moral. Cameron Diaz passe ainsi le relais de la bombe gaffeuse à la tout aussi charmante Heather Graham. L’ex-Rollergirl de Boogie nights est donc Jo Wingfield, coiffeuse calamiteuse qui tombe amoureuse du charmant Gilly Noble (Chris Klein) le jour où elle lui coupe l’oreille à la place d’une mèche.

La première demi-heure de Trop, c’est trop ! respecte un titre français programatique, le spectateur étant convié à une déferlante de gags toujours plus excessifs question mauvais goût. Sans dévoiler les outrages vécus par les protagonistes du film, prévenons les petites natures que le récit s’aventure allègrement sur les terrains de la fratrie incestueuse, de l’hémiplégie capricieuse et des pulsions gérontophiles. Sans rien révolutionner aux données instaurées par ses prédécesseurs, Rogers tricote une poignée de mésaventures gentiment subversives et souvent hilarantes, renforcées par un casting de choix dont se distingue Sally Field en vieille mégère aussi vénale que vulgaire. Dommage que le cinéaste, une fois son acmé provoc’ atteinte (à la vitesse grand V), ne parvienne pas à tenir la cadence qu’il s’était imposée au départ et se perde en cours de route sur les pistes d’un romantisme plus classique. S’il nous gratifie encore de quelques sursauts sympathiques (pipe sous-marine, fist-fucking zoophile), l’auteur freine un peu trop ses ardeurs délirantes pour nous convaincre totalement. En termes plus crus et forcément plus adéquats, James B. Rogers frise l’éjac’ précoce et peine à rebander.