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sur 5

Triomf est l’ancien nom d’un quartier de blancs déshérités construit sur un ghetto noir de Johannesburg pendant l’apartheid. Le film de Michael Raeburn y suit une petite famille complètement dégénérée quelques jours avant les élections de 1994 et le triomphe de Mandela. L’ambition est sympathique, tirant du côté de la satire politique et rendant un hommage hardcore et vitriolé à Affreux, sales et méchants de Scola. Mais le résultat évoque plutôt un mix entre La Colline a des yeux (la galerie white trash de cas sociaux suant la débilité) et les Simpson. La famille qui s’active avant l’Apocalypse imminente de l’arrivée de l’ANC au pouvoir file une métaphore téléphonée de l’apartheid et des tares d’une société repliée sur elle-même, avec ce que cela comporte de clichés (le secret incestueux, qui rayonne sur tout le récit) et de facilités. Ce n’est pas vraiment sur ce point que le film détonne (on voit tout ça venir à des kilomètres), plutôt dans sa manière presque involontaire de dévoiler des visions urbaines saisissantes via la chronique de ce petit ghetto où se pressent l’hypothèse d’une mixité explosive, et où l’idéal de la Coupe du Monde qui s’annonce paraît loin (les faubourgs de Johannesburg et ses décharges à ciel ouvert).

Dommage que la mise en scène se mette au pas de l’atmosphère de putréfaction et de régression qui règne partout : forçant le trait, incapable de tenir la ligne de son burlesque casse-gueule, enchaînant les plans pas possibles (cadrages forcés, perspectives tronquées, photo acidulée, laideur généralisée), le film s’avère impuissant à convertir son énergie politique en une forme digne de ce nom. On a trop vu ce genre de chronique australe hantée par la mauvaise conscience coloniale s’évider dans une forme devant tout à la syntaxe d’un mauvais téléfilm US (techniques publicitaires, allures de mauvais clip, abus des filtres) et qui font ressembler tous les films sud-africains à des films australiens, et vice versa. Cette bâtardise-là condamne Triomf à n’être qu’une sorte de tract sans grande portée malgré sa volonté louable de mettre en lumière une couche sociale peu vue au cinéma (la misère blanche en Afrique du Sud, cette « crasse » des mouvements boers racistes) et sa sympathique ambition de reconstitution historique annonçant d’autres désastres à venir (la scène, très belle, où l’on met des barbelés entre les murets du quartier).