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sur 5

D’une oeuvrette à l’autre, de Je préfère qu’on reste amis à Tout pour plaire, court une même statistique : à Paris deux couples mariés sur trois divorcent. Cela fait du monde. Cela fait surtout une multitude de publics à conquérir (on appelle ça des niches) : les célibataires forcés et les divorcé(e)s, eux-mêmes subdivisés en tranches d’âge, en catégories sociales, en couleur de cheveux et en tailles de slip. Beau souci du cinéma français de ne pas laisser la moindre catégorie socio-professionalo-bidule sur le carreau. Tout pour plaire s’adresse précisément à la trentenaire middle-class célibataire ou mal mariée et / ou en proie aux longs ennuis de proche banlieue. Manière comme une autre, sans doute pas la plus noble, de fabriquer des personnages. Ceux de Tout pour plaire sont trois, se nomment Juliette, Marie et Florence. Marie (Judith Godrèche) est blonde et néanmoins médecin, épouse de Pierre, artiste-peintre un peu feignasse sur les bords, qui a du mal à faire la vaisselle, qu’elle aime bien sûr, mais qui, tout de même, n’en fout pas une à la maison (ne serait-ce que ramener de l’argent) ; Juliette (Mathilde Seigner) a la répartie facile (Mathilde Seigner, on vous dit), est avocate, cherche un homme, un vrai ; Florence (Anne Parillaud) est mariée à un businessman qu’elle indiffère, mais qui ramène beaucoup de thune à la maison où, parfois, il la baise en 2 minutes (en plus il la trompe avec sa secrétaire, le salaud). Elles sont copines et les copines, hé bien c’est bien.

On voit d’ici les vilains machos tomber à bras raccourcis sur le film. Et oui, messieurs, Tout pour plaire, ça gratte là où ça fait mal et ça prouve (avec humour, que diable) que les femmes aussi ont une vie intérieure. Elaboré en forme de grand test d’été -« êtes-vous plutôt Juliette ? Plutôt Marie ? Plutôt Florence ? »- avec le concours du service psychologie de Femme actuelle et de la socio-astrologue de DS, Tout pour plaire promène nos trois bécassines dans la grande ville, dans les boutiques (parce qu’on a le droit à ses petits plaisirs), dans la salle de bains (séduire, c’est important), voire même au boulot, parce que la femme d’aujourd’hui, elle est active (dossier du mois : « mon patron m’insupporte, que faire ? »). Et raconte bien des choses sur elles. Alors gloire au Biba-film. Et bien naïf est l’aveugle qui n’a pas compris que Tout pour plaire était le film d’une génération, comme le furent jadis Le Grand bleu, Les Aristochats, Rebel without a cause et Pouic-Pouic.