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3
sur 5

Emir Kusturica ne se contente pas d’être l’un des cinéastes les plus percutants de sa génération, il est aussi le guitariste du No Smoking Orchestra, un groupe formé à Sarajevo au début des années 80. Fer de lance du mouvement punk des Balkans, le No Smoking part en tournée à travers l’Europe et lorsqu’il n’a pas une guitare entre les mains, c’est une caméra super 8 que Kusturica met au service de son talent. Juste retour des choses, ce documentaire est l’occasion de découvrir ceux qui, habituellement, mettent en musique les images du cinéaste.

Trois ans après le baroque Chat noir, chat blanc (dont la musique est signée du groupe), Emir Kusturica, doublement récompensé au Festival de Cannes (en 1985 avec Papa est en voyage d’affaires et dix ans plus tard avec Underground) revient cette fois-ci avec un documentaire bouillonnant sur la musique non moins bouillonnante des No Smoking. Entre concerts et voyages en bus, archives télé et films de famille, le long métrage retrace l’histoire souvent chaotique et impulsive d’un groupe qui a marqué toute une génération de Yougoslaves.

Evidemment, il s’agit là de rock, certes aux influences multiples, mais de rock quand même, du genre pur et dur. Alors il est préférable d’aimer quand ça hurle, crie haut et fort (pas toujours très finement), quand ça blague, ça remue et que ça chahute. Mais cette musique-là n’en dégage pas moins une énergie et un humour décalé qui fait du bien. La caméra se glisse dans les coulisses des concerts, dans les moments d’intimité, quand la solitude pointe, entre impro et rigolade, récréation et répétition, pour mieux laisser chacun se dévoiler peu à peu. Super 8 stories est un portrait de groupe mais aussi un portrait individuel. Paradoxalement, c’est d’ailleurs à travers cette dimension privée, plus personnelle, que Kusturica réussit le mieux à mettre en valeur ce qui anime l’esprit du groupe. Des influences européennes, tziganes, en passant par le reggae et même le jazz, No Smoking va puiser ses racines le plus loin possible pour proposer un mélange très explosif de sons et de rythmes. Le film colle parfaitement à l’image de sa musique échevelée, alternant noir et blanc et couleurs, scènes immenses de concerts, interviews et vie de famille, montage accéléré et loufoque, pour dresser in fine un impossible instantané d’un groupe constamment en mouvement.