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3
sur 5

Retour à la fiction pour Solveig Anspach, après Made in the USA, un film sur Odell Barnes, condamné à mort sans que sa culpabilité ait été indiscutablement établie. La cinéaste cultive une saine alternance entre fiction et documentaire, comme un moyen de se rafraîchir à la source du réel pour mieux construire des histoires poreuses, qui se laissent volontiers pénétrer par une certaine brutalité des faits. De Haut les coeurs !, sa très belle première fiction, à Stormy weather, un trajet se construit, imbibé d’un travail d’écoute où la présence du milieu médical (Haut les cœurs ! racontait avec beaucoup de délicatesse la traversée du cancer par une jeune femme enceinte) n’est sans doute pas innocente.

Elodie Bouchez interprète Cora, une jeune psychiatre intriguée par une malade mutique et solitaire (autiste ? amnésique ?), visiblement déracinée. Peu à peu elle s’y attache, peut-être parce que cette patiente silencieuse lui permet, à elle, de se livrer librement, sans être interrompue, via de longs soliloques. Lorsque l’identité de l’inconnue est révélée -elle s’appelle Loa- et qu’il s’avère qu’elle vient d’Islande où elle est rapatriée illico, Cora vit très mal cette séparation et file à sa recherche. Débarquée sur une petite île de pêcheurs tourmentée par un climat rugueux au pied d’un volcan, elle découvre que Loa n’est pas ici considérée comme malade, c’est une femme comme une autre, mariée, mère, ouvrière dans une usine de conditionnement de poissons. Son mutisme n’étonne personne, c’est l’obstination de Cora qui semble louche. Bien sûr la présence d’un volcan fait songer à Stromboli et à sa manière Stormy weather est construit comme lui, avançant par paliers, selon un rythme crescendo tenu tout au long du film. Le brio de cette structure est évident, ses limites aussi, car l’émotion arrive tard, sur le fil, alors qu’on est proche de ne garder du film qu’une image clinique et sombre. La mise en scène heurtée de Solveig Anspach, calquée sur les violents remous de la mer bordant l’île, apporte un peu de fougue à un film qui met du temps à décoller vraiment, comme si de l’appréhension brute des états d’âmes de son héroïne à son « rendu », quelque chose avait du mal à prendre forme. C’est aussi son mystère.