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sur 5

Pour de drôles de raisons, on s’était persuadé que ce Soldats de papier pourrait être un des films importants de la rentrée – quelques bons échos au festival de Venise 2008, et la perspective d’un Etoffe des héros de l’autre côté du rideau de fer. D’assez mauvaises raisons, rétrospectivement, dont la pire était sans doute le souvenir des films d’Alexei Guerman père (Vingt jours sans guerre, Khroustaliov, ma voiture !…), plongées dans différentes périodes de l’histoire russe (la guerre, la fin du stalinisme) qui parvenaient avec panache, pour reprendre l’expression de Michelet, à « ressusciter le passé ».

Le cinéma ne se transmet (heureusement) pas si facilement dans les gênes. Ce Soldats de papier ressemble bien, à certains égards, à un film de Guerman père. Ce récit des débuts de l’aérospatiale soviétique, qui allait permettre d’envoyer le premier homme dans l’espace, témoigne du même goût pour l’histoire, et emprunte une forme comparable de fresque minimaliste, pour des raisons qu’on imagine autant économiques que cinégéniques. Sauf que les films de Guerman père étaient capables de figurer l’Histoire au moyen de deux camions, quelques éclairages et des pas dans la neige, avec un sens de l’urgence qui transparaissait dans chaque scène. La tentative du fils est morne et appliquée, et surtout caricaturale avec ses ciels gris, ses dialogues sentencieux et sa rhétorique irritante de fin du monde. De ce côté, l’opposition avec le film de Kaufman est totale : celui-ci se présentait comme l’exploration émerveillée d’une « nouvelle frontière » propre à stimuler l’ardeur du peuple américain. Celui-là patauge dans une métaphysique tarkovskienne qui finit par devenir extrêmement pesante.

Il témoigne aussi d’une attirance pour le cinéma européen moderne des années 70, dont le culte semble aller croissant. Une cinéphilie vintage dont l’horizon indépassable serait un mélange d’austérité bergmanienne, de grandiloquence fellinienne, et de solennité viscontienne. Avec des fortunes diverses, I’m not there de Todd Haynes, Tetro ou Vincere l’an passé, se prêtaient au même diagnostic. Guerman fils n’ayant clairement pas le talent de ces cinéastes-là, son ouvrage devrait vite être reconnu pour ce qu’il est : du cinéma inactuel, démodé, définitivement has been.