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Suivant l’exemple de quelques réalisateurs hexagonaux (Besson, Kounen…) qui se démènent pour faire vivre le cinéma français là où il perd son identité, Alain Berbérian nous propose, avec son dernier long métrage, une remise en question du polar bien de chez nous. Si Six-Pack ne fait pas uniquement référence au policier américain, il s’en inspire largement. Alain Berbérian en pille tous les lieux communs, dans l’unique but de lui ressembler. Dès le générique, le décor est posé : panneaux abstraits dont l’esthétique (assez fouillée) ne renvoie absolument à rien, musique caricaturant les compositions de Badalamenti pour Lynch (Lost highway), flashes stroboscopiques façon Seven… Contrairement aux classiques de Hitchcock (influence apparemment reconnue par le réalisateur), dont les génériques sont des référents directs aux scénarios, Berbérian nous introduit à son film par cette simple « mise en condition », insignifiante et totalement détachée de l’histoire qui suit. L’artifice est gratuit, ses effets s’estompent donc rapidement…

Six-Pack commence par une scène de meurtre dans une fête foraine. Petit à petit on cerne les ambitions du réalisateur : générer à tout prix un suspens insoutenable. Les cadrages sont serrés, une victime est prise en filature par le tueur au visage inquiétant et une musique techno rythme le tout. Lorsque les deux personnages passent devant un train fantôme, Berbérian sort l’artillerie lourde en insérant divers gros plans de créatures informes, zombies et autres sorcières… Il tente ainsi d’alimenter son satané suspens. Or, Berbérian rate bien souvent ses effets qui flirtent au final avec le ridicule (pour preuve, ce gros plan sur une tête de mort en plastique, assaisonné de sons technoïdes stridents…). Par la suite, le réalisateur s’en tient à sa recette de cinéma facile en alignant une série d’effets du même ordre. Pour couronner le tout, l’ensemble est largement discrédités par deux acteurs clairement mal à l’aise. Anconina et Diefenthal incarnent ici le classique duo policier : le jeune bleu et le vieux baroudeur, dont les répliques préfabriquées ne parviennent pas à nous convaincre. Lors d’un voyage aux Etats-Unis par exemple, Anconina rend visite à un psychopathe incarcéré (une réinterprétation du Sixième sens de Michael Mann par l’acteur de La Vérité si je mens), pour une conversation sans queue ni tête et complètement stérile.

Enfin, il convient d’expliquer brièvement ce que veut dire Six-Pack. L’expression est américaine (le serial killer au centre du film est originaire des USA) et signifie -à peu de chose près- « prendre une femme comme un pack de bière ». Ce surnom donné au tueur se rapporte aux diverses mutilations exercées sur ses victimes (ces diverses tortures -dont nous passerons les détails- dénotent d’ailleurs l’inspiration « ellroyenne » de Berbérian, qui n’aura rien retenu de plus que la morbidité des livres de l’auteur). Ici encore, l’effet est purement gratuit car l’obscénité ne renvoie à rien d’autre qu’à elle-même. Elle est là uniquement pour faire acte de présence, comme ce plan où Chiara Mastroianni se trouve à côté d’un Minitel sur lequel est écrit « Es-tu une suceuse ? ». Un détail de plus qui confirme le caractère vide de sens de Six-Pack, film qui ne cherche à fonctionner qu’au travers de ce qu’il exhibe.