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4
sur 5

La DV instrument maniable, léger, est au service de la spontanéité, de l’immédiateté. Paradoxalement, c’est également un outil qui permet une remise en cause permanente de l’image enregistrée, indéfiniment « l’instantané » vidéo peut être modifié, retouché sur ordinateur. Voir/revoir, faire/refaire sont au cœur même de la trajectoire d’Alec Fenton, le personnage principal du film de Jonathan Nossiter tourné en vidéo numérique.

Alec Fenton (Stellan Skarsgard) vit en Grèce avec sa femme Marjorie (Charlotte Rampling) et ses deux enfants. Il entretient une liaison avec Katherine (Deborah Kara Unger) mais rompt avec elle après avoir dit la vérité à sa femme. Un « signe » le décide pourtant, il quitte femme et enfants pour refaire sa vie avec Katherine aux Etats-Unis. Alec vit en effet sous l’emprise d’une superstition ludique, les indices rencontrés dans la vie courante (répétitions chromatiques, panneaux de signalisation, etc.) sont autant d’ordres pour agir, pour accomplir tel acte ou non. Katherine lui avoue s’être servi de cette croyance pour qu’il lui revienne, elle a en quelque sorte mis en scène le hasard. Alec retourne à Athènes et la ville ne cesse d’émettre des signaux quant à un retour possible au foyer d’origine.

La marotte d’Alec se transforme rapidement en névrose, il est un homme sous influence qui erre dans Athènes à la recherche de signes légitimant un retour en arrière. Pris au piège par le mental d’Alec, le spectateur se surprend à scruter constamment l’image : chaque panneau, affiche, couleur de voiture se charge de signifiant. Répertoriée par Jonathan Nossiter qui a effectué un long travail de repérage et retravaillée en post-production -notamment par l’accentuation de certaines couleurs-, la ville devient l’inquiétante projection névrotique d’un homme malade. A la limite du fantastique, le parcours d’Alec est une sorte de thriller mental ou les figure du double, de la répétition tiennent une place centrale. Une telle méthode de travail aurait pu rapidement virer au tour de force maniériste. Signs and wonders est tout le contraire, à la fois pris sur le vif et extrêmement travaillé, instinctif et cérébral, il est un film dense qui mène grâce à la vidéo une véritable réflexion sur le cinéma.