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2
sur 5

On le voit partout : sur la croisette, dans les bacs DVD, CD et jeux vidéo des Fnac / Virgin, accessoirement dans les salles de cinéma. Pour sa deuxième aventure, Shrek n’a même plus besoin de rappeler son nom. Une couleur -le vert pomme- et deux curieux entonnoirs suffisent à le présenter. La Dreamworks, qui a toujours un peu piétiné sur l’animation (les succès relatifs du Prince d’Egypte ou de Fourmiz) tient là sa meilleure tête de gondole : en misant trois fois rien, leur ogre sympatoche décroche invariablement le jackpot.

Pour l’histoire, il suffit de se rappeler du premier : même structure, même humour, ce clone vitaminé aux nouvelles technologies marche dans les traces de son modèle d’origine. Se rappeler donc. Fiona n’est plus une princesse, mais une ogresse aussi moche et cool que son mec. Les deux tourtereaux coulent un bonheur sans histoire dans leur marais féerique. Ils pètent dans la boue, se roulent des galoches sur la plage façon Tant qu’il y aura des hommes et sortent de leur trou pour se confronter le temps d’un film à la dure réalité des apparences. Ça tombe bien : les beaux parents de Shrek voudraient bien connaître leur gendre. La suite est tellement prévisible qu’elle se passe d’explication. Tout va bien, c’est fait exprès.

Pas d’effort donc, plutôt un univers balisé comme un flipper, avec excitation permanente, réversibilité de tous les instants et surtout, un cadre bien carré qui ne laisse strictement rien passer. On s’en rend compte dès l’ouverture. Un prince charmant un peu précieux découvre le loup du petit chaperon rouge en lieu et place de la belle au bois dormant. En une scène, tout la partition du film est là : la potacherie décalée qui fait rire petits et grands, et le goût d’une formule qu’on ne se lasse pas d’appliquer. Pas d’enjeu, pas même une once, seulement la jubilation de s’en tenir à une franchise fastoche et déclinable suivant les données chiffrées du box-office. Ça donne lieu à quelques scènes publicitaires assez drôles et rythmés, dont la plupart avec le Chat Poté, le nouveau personnage de rigueur joliment réussi, mais ça ne fait pas oublier la mauvaise schizophrénie du film. A la fois bourrée de fric et avare en prise de risque, cette coquille vide ne se départie jamais d’une certaine arrogance pantouflarde. Et si derrière sa trogne cool, Shrek était un vieux con ?