Serbis crache l’urgence par tous ses pores. Shooté en une vingtaine de jours par Brillante Mendoza (John John), cette plongée dans les entrailles d’un cinéma porno philippin bouillonne de pulsions, de crasse et de sexe jusqu’à déborder. De son précédent film, le cinéaste n’a gardé que photo cramée et vérisme sauvage, le reste a été sacrifié sur l’autel du mouvement. Au centre du magma trône le fameux cinoche. Un bordel insalubre digne des trompe-l’oeil d’Escher, où les volées d’escaliers se grimpent dessus, où l’espace s’entortille tel un nœud gordien. En fait, c’est tout Serbis qui carbure au chaos et à l’inversion, comme s’il répondait au troublant métissage philippin (écoutez leur langue, regardez leurs traits). Jusqu’à ce titre – serbis / service – qui désigne le joli paradoxe de la prostitution locale : ici, c’est celui qui suce qui paie.

Dans un indescriptible foutoir, homos, hétéros et travelos se mélangent dès lors au point de ne plus se distinguer. C’est le retour du corps en tant que véhicule, délesté de tout jugement ou considérations, moins pris pour ce qu’il est que pour ce qu’il fait. Ici tout n’est qu’action, expulsion, éjaculation, miction, comme s’il fallait nettoyer, assainir avant tout. Dans Serbis, on balaie les chiottes comme on se branle ou perce un furoncle : c’est une même manière de vider le trop-plein, d’appuyer sur reset pour purger le système. En vain. Le film entier obéit à ce principe incendiaire, flirte avec les points de suture et les digues prêtes à péter. Documentaire, fiction, fantastique, quotidien s’écrasent les uns sur les autres dans une frénésie croissante, portés par une caméra sur la brèche et un souci de vitesse permanent. Jusqu’au dernier plan où tout se consume. Un geste radical que les gardiens du temple taxeront sans doute de plagiat, hermétiques hélas à sa belle évidence : cette image n’est que l’issue logique d’un film en surrégime, l’embrasement d’un feu qui couvait.

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