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3
sur 5

Drôle de film que ce Retour à Cold Mountain, à mi-chemin entre le produit à Oscars formaté et les obsessions plus singulières d’Anthony Minghella. Ada (Nicole Kidman), une citadine raffinée en exil avec son père dans le Sud profond des Etats-Unis, rencontre Inman (Jude Law), un ouvrier un peu farouche. Alors que s’amorce une histoire d’amour, le jeune homme rejoint le front de la guerre de Sécession. Commence une longue passion à distance. Après quelques combats, le film suit le retour d’Inman, déserteur, à travers la Caroline du Nord, tandis qu’Ada l’attend patiemment.

Entre maniérisme et simulacre, incandescence et figement, difficile de savoir de quoi est fait le cinéma de Minghella. Chose certaine, la manie qu’a le cinéaste de prendre ses sujets à bras le corps tout en feignant distance et retenue trouve dans ce premier grand projet américain un vrai motif d’opposition. Aux antipodes du mélodrame historique hollywoodien type, Retour à Cold Mountain joue dans les creux, les attentes d’une intrigue pourtant fertile en rebondissements. Cette touche britannique s’impose dans la longue partie picaresque du film, le retour d’Inman à travers les décors grandioses décors du Sud des Etats-Unis, où se joue un effacement progressif de la grande histoire (une très belle scène de bataille, c’est tout) au profit d’intermèdes plus ou moins enlevés. Ce refus de la grande scène fait la force d’un film tout en demi-mesure, trouvant dans l’alanguissement de son rythme un vrai pouvoir d’envoûtement.

D’où vient alors la légère déception qui s’empare du spectateur ? Paradoxalement de la même raison : cette façon de ne jamais vouloir aller au bout des scènes, si elle offre parfois de belles surprises (les retrouvailles d’Inman et Ada, joliment distanciées), ouvre en d’autres occasions sur une vraie frustration (la scène où Inman, ayant trouvé refuge chez une belle paysanne, hésite à tromper Ada). Entre pudeur et puritanisme, élégance et froideur, le film oscille, hésite, semble toujours sur le fil. A l’image du duel d’actrices qui se joue ici (la retenue de Kidman vs la pantomime quasi-burlesque de Renée Zellweger en fermière sudiste), Retour à Cold Mountain est le parfait condensé d’une oeuvre où se mêlent le chaud et le froid. Y demeurent cependant une singularité, une finesse, un refus de prendre le genre par le bas qui tranchent largement dans la moyenne hollywoodienne du moment.