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Un générique en forme de dépliant touristique sur Amsterdam, des dialogues de prologue laborieusement travaillés pour faire très couleur locale -« je vous montrerai ma toison, vous toucherez mes mamelles »-, le Rembrandt de Charles Matton empeste d’entrée la mauvaise reconstitution et la coproduction européenne à alibi culturel. Fond, forme et à-côtés du film : tout est ici source d’agacement.

Si les acteurs ne s’en sortent pas trop mal, avec Klaus Maria Brandauer en Rembrandt et Romane Bohringer dans le rôle de sa troisième compagne, leur composition ne peut guère s’exprimer dans une structure qui ressemble à celle d’un film à sketches : phase 1, Rembrandt jeune ; phase 2, Rembrandt dans la force de l’âge ; phase 3, Rembrandt vieillissant ; et enfin, phase 4, Rembrandt vieux… En effet, derrière le film transparaît de façon trop évidente la simple linéarité biographique. Imaginez : vous prenez la chronologie de la vie de Rembrandt et décidez de remplir un maximum de cases. Si certains moments fonctionnent bien (la rencontre de chacune de ses femmes par exemple), ils sont noyés dans une continuité faisant fi de toute dramaturgie. En matière de biographie, l’exhaustivité est ennemie du contenu, et cette tentative en est une preuve flagrante.
Autre chose, Charles Matton est lui-même peintre et photographe, ce qui semble lui octroyer d’office le droit de baigner le film dans une lumière produisant des effets grandiloquents et doucereux. Le but est certainement d’en mettre plein la vue au spectateur, mais encore faudrait-il avoir un minimum de respect pour l’univers propre de Rembrandt, et ne pas le transformer, comme c’est le cas ici, en décor m’as-tu-vu.

Dernière source d’irritation, la multiplication des produits dérivés et l’O.P.A. réalisée par l’entreprise familiale Matton and co sur ce grand peintre. Jugez plutôt : deux expositions par Matton sur Rembrandt et son film, un livre de photographies, un roman par Charles Matton intitulé Rembrandt, un autre par sa femme (qui est aussi scénariste et directrice artistique du film) Moi, la putain de Rembrandt, et enfin le CD de la musique originale par devinez qui ?… Nicolas Matton ! Alors un bon conseil : prenez le train et allez découvrir Rembrandt par lui-même, une exposition de ses autoportraits à La Haye à partir du 25 septembre 1999. Au moins vous verrez là un Rembrandt brut.