Qu’attendre de l’ex cinéaste gangsta John Singleton aujourd’hui, sinon du divertissement viril et carré ? Ce que déroule Quatre frères pendant près de deux heures, ramenant à une mesure plus sympathique l’opportunisme d’un cinéaste strictement dévolu à la commande depuis belle lurette. Alors que ses dernières productions souffraient du cynisme de leur moule (Shaft juste après Jackie Brown, la suite de Fast and furious), Quatre frères échappe par son classicisme en fer forgé à tout tentative de racolage actif. Rarement produit commercial n’a paru si dense dans sa structure, si clair dans ses intentions : revenir à la source du polar pour n’en saisir que la moelle la plus pure, sans une once de mode. L’amorce Shaft poussée à l’extrême : plus de catalogue ludique des standards de la blaxploitation, juste le plaisir forcément pantouflard et conservateur de se laisser porter par l’efficacité naturelle du genre.

Quatre frères, donc, deux blancs et deux noirs turbulents, adoptés par une sainte femme bizarrement assassinée dans un drugstore par un jeune parrain local. Dispatchée avant le meurtre, la famille se ressoude et mène l’enquête, dirigée par l’aîné, le plus dur à cuire de la bande. Lequel est incarné par Mark Wahlberg, cheveux gras et barbiche mal dessinée, dont le jeu en granit est une machine à aspirer tout élan pompier. Son corps de Village People survitaminé, sa gestuelle, entre fureur rentrée et résignation bousillent toute empathie question mélo, et maintiennent naturellement le genre en tête d’attelage. Wahlberg-série B, l’association semble fusionnelle et si l’on excepte James Gray, pas un film de l’acteur n’a pu s’en départir, quel que soit le budget ou l’intention.

On ne pouvait rêver meilleur support pour John Singleton, lui qui passe son temps à filmer des petits maîtres coincés dans leur minuscule royaume, seule réminiscence d’auteur qui demeure dans son escarcelle. Ici, il est également question de caïds charismatiques frustrés jusqu’à la folie par la miniaturisation : la maison des quatre frères est un épicentre restreint autour duquel on ne s’éloignera guère (sauf au final d’ailleurs fatal sur un lac gelé) et les personnages sont sans cesse réduit à la pantomime enfantine, voyant leur défunte mère les corriger à table ou piquant un somme dans leur petit lit à une place. Rengaine plutôt touchante qui rappelle secrètement derrière le vernis cool du polar la propre situation de John Singleton, petit pion black hollywoodien corrompu, mais sans illusion sur la vacuité de son oeuvre.

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