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2
sur 5

Depuis quelques années, Clovis Cornillac s’est imposé en successeur improbable de Gérard Depardieu. Même carcasse de déménageur, même bouille paysanne, même frénésie de tournages que son aîné, rôles désormais taillés sur mesure. D’où Poltergay, produit exploitant son côté néo-français moyen et son potentiel multi facettes, corps encore mal dégrossi mais prêt à servir, comme un tee-shirt taille unique. Ici, l’un ne va pas sans l’autre : Cornillac joue autant les performers (pas très bien) que les catalyseurs (beaucoup mieux). Nul autre que lui n’est apte à nouer le fantastique et le vaudeville, à unir homos d’hier et hétéros d’aujourd’hui. Le point de départ de Poltergay repose tout entier sur ce principe : Cornillac est le seul à voir et entendre les fantômes disco qui se dandinent chez lui. Qu’il se débrouille.

Et il se débrouille, avec la désinvolture de l’ouvrier spécialisé qui va au charbon tous les matins. Dans la composition pure, il vacille. Voir la scène où il découvre les spectres farceurs se déhancher dans sa cave devant une Julie Depardieu médusée -grand moment de solitude. Clovis se débat avec son phrasé cabotinesque et son corps engourdi par le bodybuilding. Puisque la mise en scène est au niveau zéro de la grammaire comique (champ avec fantômes, contre-champ sans fantômes, le tout monté à la truelle), seuls les acteurs pouvaient sauver quelque chose. Mais une fois le topic posé, le film s’étoffe parce qu’il renonce justement à construire : l’idée consiste à surfer, assise qui correspond mieux à Cornillac. Il jongle avec les clichés, s’insère dans les vignettes colorées, passe d’un partenaire à un autre, leur délègue le rire. Bref, il zappe et le film s’en trouve allégé, récréatif.

Du coup, l’humour est à la carte : vaudeville, délire, parodie, le tout contenu dans un univers bicéphale. Hémisphère gauche, la maison, petit théâtre boulevardier repeint à l’esprit Canal dont le réalisateur est issu, charriant quelques effets bien troussés : une guirlande de boules de billard défilant dans l’espace, un personnage d’exorciste hilarant qui déguste du MacDo en fin gourmet. Hémisphère droit, l’homosexualité, listing sociologique exhaustif allant de la cage aux folles aux habitants branchés du Marais. Là encore, mieux vaut y voir un amour du piochage qu’une empathie de façade à la Pédale douce. Les vannes fusent comme les clichés les plus éculés (de la blague sur Delanoé façon Grosses têtes aux rapports troubles à la mère, vraiment tout y passe), mais c’est le rythme qui compte. Se balader gaiement sur un champ de ruines pour rigoler, voilà la rengaine de Poltergay, branche naine mais modeste de la nouvelle comédie française.