La tentation est grande, au départ, de ne prendre Plein sud que pour ce qu’il est d’évidence : un énième film français brossant le portrait d’une figure de jeune homo en quête d’apaisement, dont l’ascendance téchinéenne (un peu de J’embrasse pas ou des Roseaux sauvages pour l’errance et la disponibilité de jeunes corps hypersexués ; pas mal de Ma saison préférée ou des Voleurs, pour la dimension psycho, les affaires d’Oedipe plus ou moins digérées) saute tout de suite aux yeux. Pour un nouveau film de Sébastien Lifschitz, surtout, jeune cinéaste dont l’évident talent dans la mise en place de récits de quête communément identitaire (La Traversée, beau road movie documentaire accompagnant son scénariste Stéphane Bouquet sur la piste d’un père américain) et sexuelle (s’accepter et s’affirmer par sa mise à nu la plus littérale) n’a d’égal, au fil des films, que le caractère de plus en plus programmatique des fictions.

Plein sud nous arrive ainsi avec la transparence de ses enjeux, conforte vite dans l’idée qu’il ne faudra s’attendre, quoi que promette un synopsis idéalement minimaliste (un jeune homme traverse la France en solitaire dans sa Ford, revolver en poche, direction l’Espagne où réside désormais sa mère), à nulle réelle bifurcation, aucune entrave à la ligne claire de son scénario. L’aventure sera littérale et explicative ou ne sera pas et ce n’est certainement pas la rencontre, sur la route, d’un trio constitué de deux beaux gosses (Théo Frilet et Pierre Perrier) et d’une bombe sensuelle (Léa Seydoux, belle personne plus dévergondée ici que chez Honoré et Tarantino) qui changera la donne. Sam, le héros du film (sobrement incarné par Yannick Rénier), restera inflexible, tout envahi qu’il est par les souvenirs encombrants d’une enfance marquée par le spectacle du suicide puis l’image du cadavre du père (dont il héritera non seulement de l’arme fatale, mais peut-être bien du destin… principale matière à suspense du film : un geste est-il héréditaire ?) et la progressive folie de la mère (Nicole Garcia).

La tentation de ne regarder Plein sud que sous l’angle de l’anticipation, du présage de la moindre entournure scénaristique perdure ainsi tout le long, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose si l’on considère que Lifschitz préserve l’élégance d’une belle franchise esthétique (les personnages comme les situations sont des clichés assumés d’un certain cinéma français, entre baignade d’un jeune homme nu dans un fleuve, retrouvailles un peu froides entre deux frères désormais jeunes adultes, danse d’une jeune fille mi virginale-mi allumeuse…). En même temps que du départ à l’arrivée persiste une réelle bienveillance face à ces clichés, le sentiment que si le cinéaste raconte encore et toujours ce type d’histoire, tâtonne et se répète autant de film en film, et ce sans la posture d’un quelconque auteur aspirant à nous gratifier d’une inédite vision du monde, c’est peut-être bien parce qu’en définitive, cette histoire est la seule qu’il veuille raconter.

C’est en ce sens surtout que l’on aime au final un peu ce cinéma : à la surécriture du scénario, la surexplicitation des raisons et sentiments de tous et chacun (pas très convaincante, la love story entre Sam et Mathieu, le frangin romantique de Léa, dont l’expression de l’amour fou pour le routard taiseux inviterait presque à brandir le carton rouge) s’allie la plénitude d’une conviction, d’une grande conscience de Lifschitz de ne pouvoir offrir davantage que ce qui l’obsède. Ainsi traverse-t-on in fine ce quatrième long-métrage sans douleur et d’un oeil bienveillant. Même si persiste quelque scepticisme quant à la tentative assez maladroite (et surtout inaboutie) d’adjoindre à cette histoire n’en demandant pas tant le boulet d’une aspiration vaguement « beat » bien trop grande pour lui. Parce que bon, côté « wild », Sam, on s’en doute, est loin d’être Dean Moriarty…

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