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2
sur 5

Provocateur ringardos adepte des pochades bavardes, Kevin Smith revient en petite pompe. Père et fille, c’est un peu son ultime révérence après une série d’échecs cuisants. Un retour aux sources bourré d’introspection et de résignation dont on ne sait jamais réellement s’il s’agit d’une confession de mauvaise foi totale ou d’un équilibre pleinement trouvé. C’est en tout cas parfaitement maladroit, constamment le cul entre deux chaises et ça permet surtout de distinguer très nettement les limites de son auteur.

Tout commence comme une comédie romantique hollywoodienne comme on en voit trop souvent : raffinée à la truelle, glamour publicitaire et cabotinage incessant. Ollie (Affleck) est un attaché de presse new-yorkais obsédé par le business et la jet-set. Entre deux coups de fil super importants, il file le parfait amour avec Gertrude (J-Lo), son alter ego féminin. Après quelques remises en question qu’on a vu partout ailleurs, ils finissent donc par faire un enfant. Drame, la mère meurt pendant l’accouchement. Ollie chiale un bon coup, grille sa carrière sur une bourde due à la déprime et se réfugie dans son New Jersey natal, chez son modeste employé municipal de père. Là, il redécouvre les choses simples, apprend à élever sa fille et s’amourache peu à peu de la belle tenancière du vidéoclub. Pourtant la gloire passée lui manque. Prise de tête.

Dans cette ode à la simplicité, Kevin Smith en dit sûrement plus qu’il ne croit. Sa vision du couple Affleck-J-Lo, duo de starlettes vulgos et mortes-nées, est d’une justesse involontaire mais franchement pathétique. Elle dévoile autant la fumisterie et la médiocrité du couple que la difficulté du cinéaste à jouer avec les conventions hollywoodiennes. Une démarche proche d’un Richard Linklater (Rock academy), autre petit escroc de Sundance que l’usine à rêves manipule plus que le contraire. Père et Fille est définitivement le film de l’impasse. Plus indépendant parce que perverti par le système et déjà amer de ne plus en faire partie. Smith le reconnaît assez finement via Ben Affleck, dans un rôle d’imposteur superficiel enfin taillé sur mesure et pour cette raison, le plus touchant à ce jour. Mais comme le reste, le film ne sait pas trop quoi en faire. Alors il se borne à avancer dans un consensus à la fois mou et roublard où les stars veulent se repentir chez les ploucs. Décidément, Smith et Affleck ne sont pas des gens très intéressants.