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3
sur 5

Alice (Charlotte Gainsbourg) débarque sur l’île de Porquerolles pour y traquer Bernard (Gérard Lanvin), son amour d’enfance de retour du Brésil. Tous deux ont un lourd passif : le scandale provoqué par leur liaison alors qu’Alice était une mineure de 15 ans. Entre Alice, qui a tenté de supprimer son amant -«  »Je voulais te tuer, je ne voulais pas te faire mal » »- et Bernard -«  »J’aurais attendu tes 18 ans » »-, le malentendu amoureux semble total. L’issue fatale est dévoilée au spectateur dès la première image : un suicide à deux. La tension dégagée par le face-à-face entre Gérard Lanvin et Charlotte Gainsbourg est sublimement captée par Eric Gautier, qui est en train de s’affirmer comme le chef-opérateur incontournable d’un certain cinéma français. Deux fois présent dans la dernière sélection du Festival de Cannes, Les Destinées sentimentales d’Olivier Assayas et Esther Kahn d’Arnaud Desplechin, il est ici le partenaire de Bruno Nuytten, lui-même ex-directeur de la photo.

Raconté du point de vue de la fille de Bernard qui tente de comprendre pourquoi son père s’est donné la mort, Passionnément pèche d’abord par le manque d’originalité du scénario. Mais plus encore par la lourdeur de la structure. La première et la dernière scène du film se déroulent 10 ans après le drame dans la chambre d’étudiante de Faustine. Mis à part ces deux séquences, dont le réalisateur aurait eu tout intérêt à faire l’économie, le film retrace les derniers jours du couple. Finalement, il n’y a plus aucun obstacle à leur amour -Alice est majeure et Bernard est sur le point de divorcer-, alors pourquoi choisissent-ils la voie ultime ? C’est un mystère que Bruno Nuytten n’aide pas le spectateur à résoudre. Et si le film, malgré tous ses défauts, ses intentions ratés, ne laisse pas indifférent, c’est bien sûr par la grâce de ses interprètes principaux, mais aussi, justement, par l’absence d’explicitation du geste final. La relation entre ces deux êtres qui jouent à cache-cache avec la vie est ainsi laissée en suspens. Chacun dès lors peut reconstituer à loisir ce qui a précédé ces quelques jours…

Emma Baus«