Un Gus Van Sant mineur et qu’on dirait transitoire. Depuis sa projection cannoise, il faut dire que Paranoïd park est loin d’avoir parcouru le même chemin que Gerry, Elephant ou Last days. L’ombre de la redite plane sur cette adaptation d’un roman de Blake Nelson, un auteur de Portland : Alex, un ado, veut tenter sa chance sur Paranoïd Park, le skate park le plus mal famé de Portland ; au cours d’une virée nocturne, il tue accidentellement un vigile, mais n’en dit rien. Redite, parce que sur les kids, qu’il a filmés si bien et si abondamment dans Elephant, GVS n’a pas grand-chose de plus, ou de mieux, à dire. Mais redite de quoi, après tout ? Au fond Gus Van Sant n’a fait qu’un film sur les ados à mèches d’aujourd’hui : Elephant. Mais l’impact en fut si fort qu’il a laissé l’impression d’un troupeau. Il faut donc se défaire de ce sentiment, pour se couler dans le film.

Paranoïd park ravit par endroits : une ample et puissante scène de douche, quelques images en jets, volées au Super-8 depuis un skate park. Etonne aussi : ce vigile coupé en deux mais toujours remuant, sorti d’une zèderie gore, est inédit chez GVS. A y regarder de plus près, il y a d’autres tentatives, d’autres nouveautés, de nouvelles expériences. Sur la narration par exemple, éclatée suspendue. Sur la musique aussi, Gus Van Sant ayant convoqué des mélodies inattendues et a priori dissonantes – Nino Rotta – mais aussi tout un environnement sonore très fouillé. Plus important, peut-être, cette manière nouvelle d’aller plus franchement vers le grandiose (la scène de la douche, décidemment tenace) – comme si tout le film était un appel du pied vers un ailleurs pour l’instant indéfini, mais que le cinéaste arpentera peut-être : le kitsch, les icônes froides. Quelque chose à la fois de plus distant (ce que montre assez bien la sorte d’ironie qu’il y a à voir se tortiller ce demi-vigile le temps d’une vision effrayante et grotesque), moins dans la fabrication complotée des mythes (petit ange assassiné dans Elephant, figure ascensionnelle dans Last days), plus proche des matières premières et de l’élémentaire (la douche, la nuit, la peur…). S’il n’esquive pas tout à fait le reproche sinon d’un bégaiement du moins d’une certaine facilité d’exécution (c’est un film plus évident, moins compliqué que d’autres, et où les images en Super-8, par exemple, relèvent d’un lyrisme un peu tout cuit), Paranoïd park demeure un beau film, prometteur, pas une pièce maîtresse, mais un champ de détails, une chambre d’écho et de minutie travaillée par de pures questions de forme. Les seules qui comptent, après tout.

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