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2
sur 5

A en juger par sa filmographie (entre autres, deux documentaires sur les Sex Pistols dont l’excellent L’Obscénité et la Fureur, la biographie de Jean Vigo, étoile filante du cinéma français, Vigo histoire d’une passion, son film-concert sur les Rolling Stones, et même son Bullet avec Mickey Rourke et Tupak Shakur), Julien Temple affectionne les trajectoires maudites et les destinées hors norme. Normal, donc, de le retrouver sur ce projet, passionnant sur le papier, qui évoque l’amitié tourmentée entre William Wordsworth et Samuel Coleridge, deux des plus célèbres poètes anglais du XVIIIe siècle.

Dès les premières images, Temple annonce sa volonté de sortir du cadre rigide et des récits, souvent académiques, du film d’époque. Malgré les obligations liées aux impératifs de la reconstitution historique, son Pandémonium sera résolument rock’n’roll. C’est d’ailleurs ce qui fait le charme mais aussi la faiblesse du film. Présentés comme des « pop stars de leur temps », selon les propos du cinéaste, Wordsworth et Coleridge ne sont donc pas traités avec le respect dû à leur position dans l’histoire littéraire anglaise. Très vite, Temple aborde ce qui sera finalement le coeur de son sujet : la dépendance de Coleridge envers l’opium, dépendance qui lui fera d’ailleurs écrire ses plus beaux poèmes dont le fameux Koubla Khan. Eternel paradoxe entre la créativité artistique qui nécessite bien souvent une exacerbation de l’âme aussi violente qu’artificielle et l’autodestruction que ce voyage chimique entraîne.

Si Julien Temple prend à bras le corps son sujet, non sans un certain courage, sa volonté de rendre à tout prix ce récit « contemporain » le fait tomber dans de nombreux travers. Filmés sans recherche, les « trips » de Coleridge illustrent très platement leur incidence sur l’oeuvre du poète. Le cinéaste n’hésite pas à donner forme à Koubla Khan, imaginée comme une ville extraterrestre en images de synthèse très kitsch, supprimant du coup toute la symbolique liée au mythe de cette cité perdue. A une évocation forcément suggestive et elliptique des arcanes de la création, Temple préfère l’adaptation littérale en ayant recours à une série d’effets plastiques réducteurs et attendus. Un peu moins d’esbroufe et plus de mystère auraient certainement donné plus de poids et de crédit à son Pandémonium, à l’origine un séduisant sujet.