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3
sur 5

Depuis le remarquable Un Faux mouvement (1992), Carl Franklin n’est pas devenu le grand cinéaste attendu. Out of time confirme cette situation intermédiaire du réalisateur dans le courant mainstream hollywoodien : celle d’un redoutable faiseur et d’un technicien habile, mais aussi d’un simili-auteur un peu balourd, un peu pataud, menaçant de sombrer dès lors que son sujet devient un peu trop grand pour lui. Heureusement, le film, honnête série B, ne lui en donne ici que rarement l’occasion. Matt Lee Whitlock est le chef respecté de la police de Banyan Key en Floride. Sur le point de divorcer d’avec sa femme, qui est aussi sa collègue, il se retrouve enquêteur et suspect numéro un dans une affaire complexe : le vol de 500 000 dollars saisis lors d’une opération anti-drogue (Whitlock coupable) doublé d’une arnaque à l’assurance-vie dans laquelle trempe sa maîtresse (Whitlock innocent).

De cette dualité Whitlock coupable / innocent, Out of time tire un thriller ludique dans lequel, évidemment, le temps prend la forme d’un compte à rebours un peu délirant : temps de la corruption, temps de l’innocence retrouvée, temps de la chute et de la reconquête. Le tempo jazzy du film, sa coloration outrancièrement folklorique (la Floride, son soleil, ses palmiers, ses bimbos) ouvrent sur une temporalité fantaisiste où se succèdent tours de force et points d’orgue en une accélération continue du récit. Plus que dans le sympathique aspect machiste du film (du Schumacher sans la bonne conscience dégoulinante), il y a là un choix de la musicalité et de la fluidité qui emportent immédiatement l’adhésion. Portées de bout en bout par la partition nonchalante et dynamique de Graeme Revell, les scènes oscillent entre flambées paroxystiques (la scène à la Blake Edwards de l’hôtel) et cool attitude bien trempée.

Si Franklin demeure en deçà d’un Ron Shelton, dont le récent Dark blue peut être vu comme une version aboutie de cette petite série B un peu fumiste, rares sont les films à témoigner d’un telle santé, d’une telle confiance dans des procédés éprouvés mais toujours efficaces. La balourdise de la fin, raccourci très limite et retour à l’ordre qu’on n’espérait pas, n’a rien d’antipathique en ce qu’elle est totalement à l’image du cinéma de Franklin : un cinéma de vieux routard aux structures bien carrées, mélange d’élégance et de vulgarité, mais qui jamais ne verse dans le cynisme ou la roublardise, affrontant chaque scène à la manière d’une énigme à résoudre en toute frontalité. Un cinéma, surtout, traversé de coolitude et d’instants de pure volupté qui permettent d’apporter du moelleux, de la musicalité à ce qui, ailleurs, serait divertissement plat, trivial et sans saveur.