PARTAGER
4
sur 5

Quelque part entre les teenage movies made in Hollywood et les chroniques sentimentales, dont le mélancolique Virgin suicides fut l’année dernière l’une des plus belles occurrences, existe un territoire bien peu visité par les films mettant en scène des adolescents ; le champ du documentaire. En choisissant d’ancrer sa fiction dans une réalité bien palpable, Jim McKay invente un passionnant compromis entre les genres, une sorte de « teenage doc », et nous offre par la même occasion un récit lucide sur l’entrée dans l’âge adulte.

Centré sur le quotidien de trois jeunes filles qui vivent dans un quartier chaud du Bronx, Our song n’est pas une énième charge contre la difficulté de vivre sa vie dans une banlieue malfamée. Point de misérabilisme, ni de pamphlet sociologique, mais l’envie de la part du cinéaste de capter avec discrétion ce qui meut ses héroïnes. Comment derrière les rires, les blagues et les vannes se cache parfois un véritable mal être : Lanisha est tiraillée entre ses parents divorcés, Maria n’ose pas avouer qu’elle est enceinte et Joy doit composer avec une mère qui se comporte comme une femme-enfant. Sans jamais s’appesantir sur leurs états d’âme, le cinéaste garde vis à vis de ses personnages une distance qui nous donne souvent l’impression d’une réalité captée sur le moment, sans scénario ni histoire préexistants. Cette sensation d’une « fraîcheur filmique » est renforcé par l’intervention de la fanfare de l’école, le Jackie Robinson Steppers Marching Band, qui joue là son propre rôle.

Véritable cadre structurant, dont les nombreuses répétitions sont les seuls événements qui rythment les vacances des trois protagonistes, la fanfare filmée par Jim McKay est aussi d’une incroyable cinégénie. Loin des musiciens engoncés des traditionnels ensembles folkloriques, cet orchestre de New-York reprend les tubes de la radio, fait danser ses instrumentistes et organise des chorégraphies très musclées. Quand Maria quitte le « band » à cause de sa grossesse, c’est un peu une part de sa jeunesse qu’elle consent à perdre et un autre chemin qu’elle doit emprunter. Tout comme Lanisha, la seule à vraiment continuer l’école, qui change d’itinéraire pour se rendre à son nouveau lycée. Dénué d’effet dramatisant ou grandiloquent, Our song saisit dans ses répercussions sur le quotidien, ce délicat moment d’une vie quand les existences futures se dessinent déjà.